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Accueil AFRIQUE & MONDE

Les migrants ouest-africains «viennent de pays relativement développés»

EVENT NEWS TV Par EVENT NEWS TV
2 février 2022
dans AFRIQUE & MONDE
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Pour le géographe Michel Foucher, «les migrations de l’Afrique vers l’Europe constituent un phénomène irrépressible». Selon lui, il faut parler de «mobilité». Une mobilité qu’il faudrait organiser pour éviter les drames quotidiens en Méditerranée. De plus, observe-t-il, ce sont des pays relativement développés, bien plus que les pays pauvres, qui alimentent l’immigration. Interview.

Dans votre étude, publiée par la fondation Jean-Jaurès, vous faites une différence entre «migration» et «mobilité». Pourquoi? 
Je raisonne en géographe. En l’occurrence, il y a des pays de départ et des pays de destination: il s’agit donc de flux. Des flux que je considère comme irrépressibles, qui doivent être organisés. En France, on est incohérent sur ces sujets, il n’y a pas de discours de vérité. On est pris entre Le Pen et SOS Méditerranée. On n’arrive pas à voir la question dans sa complexité.

C’est-à-dire ?
Il faut savoir d’où viennent les gens, quels sont leurs projets, analyser au cas par cas. Il existe ainsi des flux très anciens. Prenez l’exemple de Mamoudou Gassama, ce jeune Malien qui a sauvé un enfant suspendu dans le vide au 4e étage d’un immeuble parisien. Il vient de Kayes, à l’extrême ouest du Mali, une région où à l’époque coloniale, les Français recrutaient des tirailleurs sénégalais. Aujourd’hui, la tradition se perpétue. Ce sont les chefs de village qui se cotisent pour payer les passeurs.

Il faut partir des réalités: le monde est interconnecté, les jeunes veulent circuler. Ils font des choix. Ils ne partent pas à l’aventure. Ils se dirigent vers les pays européens dont ils parlent la langue: l’Afrique francophone choisit souvent la France, les anglophones comme les Ghanéens et les Nigérians ont tendance à se rendre en Grande-Bretagne. Ils sont alphabétisés et très bien informés. Au Sénégal, par exemple, 70% des familles ont un membre qui a migré à l’étranger. Ces jeunes connaissent le mauvais état du système éducatif dans leur pays et veulent aller dans de meilleures écoles. Si ici on persiste dans une politique de fermeture, ils n’apprendront plus le français. C’est le meilleur moyen de mettre fin à la francophonie!

Un individu qui part est soutenu par son entourage. Il leur envoie ensuite 30% de ce qu’il gagne. Cet argent sert à construire une maison en dur, à préparer son mariage. Dans les grandes villes, les choix sont davantage individuels. Les gens partent souvent seuls, ce qui correspond à un choix d’émancipation. C’est donc en connaissant en détail toutes ces situations qu’on peut construire cette mobilité, qui existe déjà.

Selon vous, les Etats les plus pauvres du Sahel (Burkina, Niger, Tchad…) ne sont pas «les principaux points de départ» de migrants vers l’Europe. Ce sont «ceux de la région qui ont déjà atteint un certain niveau de développement (Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigeria, Ghana) qui font (…) le choix de l’Europe». Est-ce une tendance de fond?
Tout à fait. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé, dans une interview au Monde en date du 13 juin 2018, le nouveau ministre espagnol des Affaires étrangères, Jospeh Borell: «Ceux qui partent ne sont ni les plus pauvres ni les plus faibles», expliquait-il. Il faut savoir que pour migrer, il faut disposer au moins de 2500 euros.

En France, on a le cœur sur la main. Et l’on a tendance à croire que la pauvreté et le sous-développement sont à l’origine des migrations. D’où la priorité donnée aux politiques de développement pour bloquer l’immigration. Mais c’est une illusion! C’est quand on est relativement développé que l’on a les moyens de partir.

Pourtant, votre propos ne correspond pas forcément aux données de l’Office international des migrations. En avril 2018, parmi les nationalités les plus représentées arrivant en Italie, on trouvait ainsi les Erythréens, venus d’un pays très pauvre…
C’est un problème différent. Car l’Erythrée est une dictature avec un service militaire à durée illimitée. Alors que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée ne sont pas des dictatures.

Concernant l’Afrique de l’Ouest, que faudrait-il faire selon vous?
Comme je le disais, il est indispensable d’organiser les flux et la mobilité avec les pays de départ en mettant de côté la question des réfugiés. C’est le meilleur moyen d’éviter les drames en Méditerranée. Il faut conclure des pactes migratoires d’Etat à Etat avec des systèmes de multi-visas. Ce qui implique que ceux qui partent doivent revenir chez eux. A la différence de la migration: là, on s’installe définitivement à l’endroit où l’on arrive.

Un tel programme pourrait être financé par l’Union européenne mais organisé par les pays de destination, les associations. On doit agir avec les acteurs de terrain: les communes, les maires, les chefs de village. Il existe déjà de très nombreuses micro-expériences. Il est nécessaire de développer ce qui marche déjà. Tout cela coûterait moins cher que les milliards dépensés pour Frontex! Je plaide par exemple pour l’action très pragmatique menée par l’Espagne au Sénégal, qui met de l’argent dans les associations du pays de départ. Une action qui a permis de tarir les flux vers les Canaries.

Mais si l’on veut faire accepter une telle politique aux opinions du Vieux continent, il est indispensable de renforcer sérieusement la dimension sociale de la construction européenne. Notamment en restructurant le Fonds social européen (FSE). Sinon, on risque d’entendre les gens d’ici dire: «Les immigrés, on en fait trop pour eux!» Il faudrait par exemple élargir les problématiques en instituant des programmes genre Erasmus pour les apprentis, les métiers de santé, les professions artistiques, les journalistes…

Il faut impérativement dépolitiser. Expérimenter. Et arrêter de vouloir conclure un accord entre les 28 pays de l’UE!

Géographe et diplomate, Michel Foucher est titulaire de la chaire de géopolitique appliquée au Collège d’études mondiales (FMSH).

Source: France Info

Pour le géographe Michel Foucher, «les migrations de l’Afrique vers l’Europe constituent un phénomène irrépressible». Selon lui, il faut parler de «mobilité». Une mobilité qu’il faudrait organiser pour éviter les drames quotidiens en Méditerranée. De plus, observe-t-il, ce sont des pays relativement développés, bien plus que les pays pauvres, qui alimentent l’immigration. Interview.

Dans votre étude, publiée par la fondation Jean-Jaurès, vous faites une différence entre «migration» et «mobilité». Pourquoi? 
Je raisonne en géographe. En l’occurrence, il y a des pays de départ et des pays de destination: il s’agit donc de flux. Des flux que je considère comme irrépressibles, qui doivent être organisés. En France, on est incohérent sur ces sujets, il n’y a pas de discours de vérité. On est pris entre Le Pen et SOS Méditerranée. On n’arrive pas à voir la question dans sa complexité.

C’est-à-dire ?
Il faut savoir d’où viennent les gens, quels sont leurs projets, analyser au cas par cas. Il existe ainsi des flux très anciens. Prenez l’exemple de Mamoudou Gassama, ce jeune Malien qui a sauvé un enfant suspendu dans le vide au 4e étage d’un immeuble parisien. Il vient de Kayes, à l’extrême ouest du Mali, une région où à l’époque coloniale, les Français recrutaient des tirailleurs sénégalais. Aujourd’hui, la tradition se perpétue. Ce sont les chefs de village qui se cotisent pour payer les passeurs.

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Selon vous, les Etats les plus pauvres du Sahel (Burkina, Niger, Tchad…) ne sont pas «les principaux points de départ» de migrants vers l’Europe. Ce sont «ceux de la région qui ont déjà atteint un certain niveau de développement (Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigeria, Ghana) qui font (…) le choix de l’Europe». Est-ce une tendance de fond?
Tout à fait. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé, dans une interview au Monde en date du 13 juin 2018, le nouveau ministre espagnol des Affaires étrangères, Jospeh Borell: «Ceux qui partent ne sont ni les plus pauvres ni les plus faibles», expliquait-il. Il faut savoir que pour migrer, il faut disposer au moins de 2500 euros.

En France, on a le cœur sur la main. Et l’on a tendance à croire que la pauvreté et le sous-développement sont à l’origine des migrations. D’où la priorité donnée aux politiques de développement pour bloquer l’immigration. Mais c’est une illusion! C’est quand on est relativement développé que l’on a les moyens de partir.

Pourtant, votre propos ne correspond pas forcément aux données de l’Office international des migrations. En avril 2018, parmi les nationalités les plus représentées arrivant en Italie, on trouvait ainsi les Erythréens, venus d’un pays très pauvre…
C’est un problème différent. Car l’Erythrée est une dictature avec un service militaire à durée illimitée. Alors que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée ne sont pas des dictatures.

Concernant l’Afrique de l’Ouest, que faudrait-il faire selon vous?
Comme je le disais, il est indispensable d’organiser les flux et la mobilité avec les pays de départ en mettant de côté la question des réfugiés. C’est le meilleur moyen d’éviter les drames en Méditerranée. Il faut conclure des pactes migratoires d’Etat à Etat avec des systèmes de multi-visas. Ce qui implique que ceux qui partent doivent revenir chez eux. A la différence de la migration: là, on s’installe définitivement à l’endroit où l’on arrive.

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Mais si l’on veut faire accepter une telle politique aux opinions du Vieux continent, il est indispensable de renforcer sérieusement la dimension sociale de la construction européenne. Notamment en restructurant le Fonds social européen (FSE). Sinon, on risque d’entendre les gens d’ici dire: «Les immigrés, on en fait trop pour eux!» Il faudrait par exemple élargir les problématiques en instituant des programmes genre Erasmus pour les apprentis, les métiers de santé, les professions artistiques, les journalistes…

Il faut impérativement dépolitiser. Expérimenter. Et arrêter de vouloir conclure un accord entre les 28 pays de l’UE!

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Source: France Info

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