Rentré en coup de vent à Abidjan, le 30 mai, Jean‑Louis Billon, ancien député de Dabakala et candidat dissident à la présidentielle d’octobre 2025, replonge dans le chaudron politique. Le 1er juin, il s’est rendu à la mairie de Cocody pour une visite de courtoisie à Jean‑Marc Yacé, député‑maire de la commune et lui aussi cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Dès le lendemain matin, il a publié les photos de cette rencontre, décrite comme « un symbole fort » du dialogue et de l’unité, alors que le premier parti d’opposition est plongé dans la crise.
Quelques heures plus tard, Jean‑Marc Yacé a relayé les mêmes clichés en les plaçant dans le prolongement de son « appel de Paris », lancé le 10 mai pour le rassemblement des filles et des fils du PDCI, insistant sur la nécessité d’avoir « davantage de dialogues que de divisions ». En réalité, selon plusieurs interlocuteurs, les deux hommes n’ont jamais cessé de se parler, et leur rendez‑vous s’inscrit dans le cadre de discussions engagées depuis plusieurs semaines sous l’impulsion discrète des anciens ministres et vice‑présidents. Jean-Louis Billon a en effet été approché il y a plusieurs semaines par le vice-président, Kouassi Yao, qui compte parmi les personnalités à la manœuvre pour tenter d’apaiser les tensions.
Le retour de la « bande »
Le 2 juin, seul le décor change. Attablé au restaurant Richard’s, à Abidjan – où déjeunait ce jour-là, la première dame, Dominique Ouattara – Jean-Louis Billon prend la pose en compagnie de Jacques Ehouo, député‑maire du Plateau, Hervé Alliali, député de Toumodi‑commune, les anciens députés Yasmina Ouégnin (Cocody), Marius Konan (Attiégouakro), Isaac Adi (Prikro), et Kouassi Kouamé Patrice, maire de Yamoussoukro. Sylvestre Emmou, député‑maire de Port‑Bouët n’a finalement pas pu se joindre au groupe. Et Jean-Marc Yacé s’était lui aussi excusé la veille.
Pour les habitués du PDCI, la scène a un air de déjà‑vu. En octobre 2024, une première photo de groupe, prise cette fois au restaurant Le Comptoir près de l’Hôtel Ivoire, montrait déjà Billon entouré des mêmes personnalités. Seul le maire de Yamoussoukro manquait à l’appel. À l’époque, la « bande » avait tenté d’infléchir la stratégie de Billon, bien décidé à se lancer dans la course à la présidentielle alors que le PDCI avait déjà un candidat officiel : Tidjane Thiam. Un an plus tard, il ne s’agit plus de le dissuader de se présenter, mais de remettre à plat une relation quelque peu abîmée par des initiatives personnelles.
« Pour le bien du parti »
Le 2 juin donc, on ne refait pas l’histoire. Ceux qui y étaient parlent d’« un déjeuner fraternel où [ils ont] pu échanger », de « retrouvailles entre cadres du parti après les différents scrutins de 2025 », d’une simple « rencontre d’échanges » où l’on a « plus rigolé qu’autre chose », loin d’un conclave stratégique en bonne et due forme.
La formule qui revient, chez plusieurs participants, contactés par Jeune Afrique, tient en quelques mots : « Réconciliation pour le bien du parti. » Tous insistent sur le fait que les sujets de fond ont à peine été effleurés et que « la politique » fera l’objet d’autres rencontres, plus larges. « Ce n’était pas vraiment un endroit pour aborder de vrais sujets », assume l’un d’eux.
Reste que chacun a dû s’expliquer sur ses choix de 2025. Sylvestre Emmou (tout comme Jean-Marc Yacé et Jacques Ehouo, absents) a en effet refusé de rejoindre le groupe parlementaire du PDCI, dirigé par Me Jean‑Chrysostome Blessy à l’Assemblée nationale. La direction du parti ne désespère pas de les faire rentrer dans le rang. Comme l’avait révélé Jeune Afrique, Yacé et Ehouo ont été reçus le 27 mai au domicile de Amoakon Thiémélé Edjampan, vice-président du PDCI et doyen très écouté, en première ligne dans les médiations actuelles.























