Lancée ce lundi 8 juin, la grève de la police maritime a été réprimée par les forces de sécurité à Abidjan. Au cœur du conflit : le non-respect d’un décret présidentiel sur les indemnités de logement et l’échec des médiations successives menées par le ministère des Transports.
L’ambiance était électrique ce 8 juin 2026 dans les rues d’Abidjan. Le mot d’ordre de grève lancé par le Syndicat agir pour le bien-être des agents des affaires maritimes (Synabepam) s’est heurté à un impressionnant dispositif sécuritaire. Des dizaines de policiers et de gendarmes ont été déployés pour étouffer le mouvement de contestation des agents en uniforme.
Selon leur syndicat (SYNABEPAM), la colère a laissé place aux arrestations. Plusieurs agents sont actuellement détenus à la préfecture et au camp d’Agban. Le bilan de cette première journée est lourd pour l’organisation : une vingtaine d’agents ont été appréhendés et la quasi-totalité du bureau exécutif national a été neutralisée par les forces de l’ordre, à l’exception notable de son secrétaire général.
Le décret d’Alassane Ouattara au cœur de la discorde
Le différend, qui couve depuis plusieurs semaines, porte principalement sur des revendications financières et statutaires. Le Synabepam réclame l’alignement de toutes les forces paramilitaires sur les standards des forces armées nationales. Le point de friction majeur concerne l’indemnité de logement. Alors qu’un décret signé par le président Alassane Ouattara prévoit une allocation de 110 000 francs CFA, les agents de la police maritime affirment ne percevoir que 70 000 francs CFA. À cela s’ajoute une demande pressante de revalorisation de leurs primes sectorielles.
Face à la menace d’un blocage, le sommet de l’administration maritime et le gouvernement ont tenté de désamorcer la crise, sans succès. Le 23 avril, soit trois jours après le premier dépôt du mot d’ordre de grève, le directeur général des affaires maritimes avait reçu les syndicalistes, sans toutefois formuler de proposition concrète.
L’échec des médiations de Serey Doh Célestin
Le dossier est ensuite monté d’un cran dans l’appareil d’État. Le secrétaire général du Synabepam et ses équipes ont successivement rencontré l’inspecteur général du ministère des Transports le 24 avril, puis le ministre délégué aux Affaires maritimes, Dr Serey Doh Célestin, le 28 avril. Ce dernier avait alors promis de régler le conflit en mettant sur pied un comité de travail paritaire.
Présidé par le colonel Assoumou, directeur de l’inspection générale des affaires maritimes, ce comité s’est réuni les 4 et 7 mai. Selon nos informations, ces négociations ont « accouché d’une souris ». Le Synabepam a refusé de parapher le compte-rendu final de ces sessions, jugeant le document « unilatéral » et taillé sur mesure pour satisfaire la direction générale.
Ruse et intimidations au Postel 2001
Le ton s’est radicalement durci à la mi-mai. Convoqués le 19 mai par le directeur de cabinet de Serey Doh Célestin pour une validation forcée du rapport, les leaders syndicaux ont dénoncé des manœuvres d’intimidation et des menaces à peine voilées de la part de la tutelle.
Une ultime tentative de conciliation de la dernière chance a eu lieu le dimanche 7 juin au cabinet du ministère des Transports, situé dans l’immeuble Postel 2001 au Plateau. Mandaté par le ministre de tutelle, le directeur de cabinet a reçu le Synabepam à la veille de l’échéance. Faute de propositions matérielles et financières tangibles, le syndicat a maintenu son mouvement pour le 8 juin.
Source : Enquête Media























