Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a nommé lundi 25 mai Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, un ancien de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et ancien ministre pour diriger le gouvernement, trois jours après le limogeage de son Premier ministre et ancien compagnon de route, Ousmane Sonko. Il est présenté comme au fait des « arcanes économiques et financiers ».
Sa nomination a lieu alors que la situation financière du pays ouest-africain est plombée par son énorme dette, 132 % du PIB, dont le traitement est un point de divergence entre le chef de l’État et son ex-chef de gouvernement. Le président Faye souhaite discuter avec le Fonds monétaire international (FMI) d’un nouveau programme d’aide, Ousmane Sonko vante, lui, une approche souverainiste.
« Il ne s’agit pas d’un changement de cap mais de méthode »
À leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités avaient accusé le pouvoir de l’ex-président Macky Sall d’avoir caché une partie de la dette, entraînant la suspension du programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars.
Les deux hommes se sont séparés après des mois de tensions. Leurs divergences portent aussi sur le traitement des dossiers de justice. Plusieurs anciens responsables sous Macky Sall (2012-2024) sont accusés de mauvaise gestion et d’implication dans les violences politiques qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024.
« Le Sénégal est un pays sûr et viable et entend le rester », a dit Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, évoquant « la situation financière difficile » du pays, dans sa première déclaration lundi, après la lecture de son décret de nomination sur la télévision publique. « Il ne s’agit pas d’un changement de cap mais de méthode », a-t-il ajouté, citant la transparence et « la souveraineté économique et culturelle » parmi les fondements de son action, autant de mantras en vogue sous Ousmane Sonko.
Retour au Parlement pour Ousmane Sonko ?
Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô est nommé à la veille de la réunion plénière de l’Assemblée nationale qui doit examiner ce mardi la « réintégration » au poste de député Ousmane Sonko. Élu lors des législatives de novembre 2024, Ousmane Sonko avait renoncé à son mandat pour rester chef de gouvernement. Mais un membre du gouvernement peut redevenir député s’il quitte l’exécutif.
Le 24 mai, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, un fidèle d’Ousmane Sonko, a présenté sa démission, ouvrant la voie à l’élection au perchoir de l’ex-Premier ministre, leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), fort de 130 députés sur 165.
Les députés sont convoqués mardi à 9 heures (locales et GMT) afin de voter la « réintégration du député Ousmane Sonko » et d’élire le prochain président de l’Assemblée nationale, selon un document officiel publié dimanche soir.
Un « coup d’État institutionnel » est en préparation avec ce « forcing que la majorité veut imposer », a dénoncé lundi la cheffe des députés de la principale coalition de l’opposition, Aïssata Tall Sall, lors d’une conférence de presse.
Empêché de se présenter à la présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course mais des divergences sont apparues entre eux. Avec une rhétorique panafricaniste, Sonko avait suscité l’engouement des jeunes Sénégalais, après des mois d’un bras de fer avec Macky Sall.
(Avec AFP)




















