Aussitôt dit, aussitôt fait. Ousmane Sonko, limogé le 22 mai dernier de son poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, a été élu dès ce 26 mai à la tête de l’Assemblée nationale du Sénégal. La séance, ouverte à 9 heures du matin, a été expéditive. Celui que ses collègues appellent le « gardien de la révolution » a livré son premier discours à ses nouvelles fonctions devant un parterre de députés acquis à sa cause, la séance ayant été boycottée par l’opposition.
Remercié après des mois de tensions par Bassirou Diomaye Faye, qu’il avait contribué à faire élire en mars 2024, Ousmane Sonko devient le deuxième personnage de l’État, et prend la tête d’une Assemblée où son parti est largement majoritaire. Le président des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) avait prévu de pouvoir récupérer son poste de député, remporté lors des législatives de novembre 2024, alors que la rupture avec Bassirou Diomaye Faye devenait inéluctable.
Ambiance presque festive
Sa réintégration au sein de la chambre basse a été qualifiée « d’illégale » par l’opposition, qui a boycotté la séance. « Nous ne participerons pas à cette mascarade. On ne peut pas installer un non-député et penser à le faire élire comme président de l’Assemblée nationale », a dénoncé l’élu Abdou Mbow, membre du parti de l’ex-président Macky Sall.
Les adversaires de Pastef estiment qu’Ousmane Sonko ne pouvait pas récupérer son poste de député, et contestent la démission de l’ancien président de l’Assemblée, El Malick Ndiaye, qui a quitté son poste dimanche. Les quelque trente députés de l’opposition ont quitté la séance peu après l’entrée d’Ousmane Sonko dans l’hémicycle, lequel a été chaleureusement applaudi par ses partisans dans une ambiance presque festive.
Les députés ont été immédiatement appelés à voter, après quelques couacs liés à une méconnaissance de la procédure de l’élection par la secrétaire élue, la députée Ramatoulaye Bodian. « L’Assemblée a été transformée en foire, en meeting politique. C’est un jour noir pour notre démocratie », a dénoncé Abdou Mbow, qui a accusé Ousmane Sonko de vouloir « installer un régime fasciste » au Sénégal.
Tribune politique
Dès son installation, l’ex-Premier ministre a su profiter de la tribune politique que lui offre son nouveau poste. Ses premiers mots ont été pour son successeur Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, nommé le 25 mai par le chef de l’État. Un « travailleur acharné », a loué Ousmane Sonko, qui a évoqué des « divergences » de position avec ce banquier sur la question monétaire et la gestion des finances.
« Un limogeage n’est pas synonyme de déshonneur politique, et aucune fonction n’épuise la légitimité populaire », a-t-il poursuivi. « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef », a résumé le deuxième personnage de l’État, qui a rappelé que son parti n’avait pas été intégré aux consultations pour la nomination de son successeur ou de son équipe. Après avoir choisi son nouveau Premier ministre, Bassirou Diomaye Faye doit désormais composer un nouveau gouvernement, dont nul ne sait s’il laissera une place aux responsables de Pastef, un parti « à la fois dans la majorité et dans l’opposition. »
Dans un discours écrit, il a cité à la fois Aristote et Platon, et convoqué la résistante casamançaise Aline Sitoe Diatta, le guide religieux Cheikh Amadou Bamba, ou l’ancien président du conseil, Mamadou Dia. « Certains voient dans ce moment une crise, un déchirement ; j’y vois un moment de vérité pour notre démocratie », a insisté le nouveau président de l’Assemblée nationale. Il a surtout multiplié les piques envers le chef de l’État. Il a ainsi expliqué que les « divergences profondes » qui l’opposent à Bassirou Diomaye Faye n’ont rien à voir avec des luttes d’influence ou des intérêts personnels, mais avec un combat pour des principes.
« Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour nourrir des vendettas personnelles ou organiser un chaos institutionnel », a-t-il promis, tout en rappelant que sa mission consistait à « contrôler l’action gouvernementale », « défendre la transparence et la reddition des comptes », en utilisant « tous les leviers de contre-pouvoir » à sa disposition. Des déclarations qui constituent des menaces à peine voilées à l’encontre du pouvoir du président de la République.
« Ousmane Sonko a peur de quoi, pour se précipiter ainsi dans cette élection et bénéficier d’une immunité parlementaire ? » a avancé le député d’opposition Abdou Mbow. Une manière de suggérer que sa rupture avec Bassirou Diomaye Faye pourrait exposer le chef de Pastef, une nouvelle fois, à des poursuites judiciaires. Les députés du parti, eux, étaient à la fête. « C’est une nouvelle phase de notre histoire politique », a célébré Ousmane Sonko.



















