Un long calvaire. L’arbitre somalien Omar Artan, refoulé samedi à son arrivée aux Etats-Unis, a déclaré ce mardi 9 juin au New York Times qu’il ignorait les raisons pour lesquelles il avait été interdit d’entrée, déplorant que «le plus grand rêve de [sa] vie» ait volé en éclats. «Je suis très, très déçu», raconte-t-il dans un entretien téléphonique accordé au quotidien américain depuis Istanbul, la ville où il a été renvoyé après s’être vu refuser l’entrée sur le territoire des Etats-Unis. «Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie, participer à la Coupe du monde.»
Agé de 34 ans, Omar Artan devait être le premier arbitre somalien à officier lors d’une phase finale de Coupe du monde. Celui qui a été désigné arbitre de l’année par la Confédération africaine de foot en 2025 dit avoir été interrogé pendant onze heures à son arrivée à Miami, puis avoir été emmené vers une cellule de rétention où il a été détenu pendant plusieurs heures supplémentaires. Avant finalement d’être placé à bord d’un vol retour pour Istanbul, sans que les agents ne l’aient informé des raisons pour lesquelles il était interdit d’entrée sur le territoire américain.
«J’avais les bons documents, j’avais tout, j’avais le bon visa, affirme-t-il, ajoutant avoir montré aux agents de l’immigration des documents de la Fifa ainsi que des photos de sa carrière. Je pense qu’ils ont un problème avec mon pays.»
«C’est malheureux ce qui lui est arrivé mais nous ne contrôlons pas tout, a sobrement réagi mercredi soir Gianni Infantino, le controversé patron de la Fifa. Nous essayons toujours de trouver des solutions mais nous devons respecter le fait que nous ne sommes pas les rois du monde qui peuvent régner sur les gouvernements et les forces de police, nous sommes une organisation sportive.»
«Intenses démarches diplomatiques»
La Somalie est l’un des nombreux pays dont les citoyens sont frappés d’une interdiction de voyage aux Etats-Unis par l’administration de Donald Trump. Contactée, la police aux frontières américaines (CBP) a expliqué que «le 6 juin, un ressortissant somalien est arrivé à l’aéroport international de Miami en provenance de l’aéroport international d’Istanbul […]. Au cours des formalités, le voyageur a été soumis à une inspection supplémentaire, une étape de routine». «A l’issue de l’inspection, le voyageur, un arbitre de la Coupe du monde, a été jugé inadmissible en raison de problèmes liés à la vérification de ses antécédents et s’est vu refuser l’entrée sur le territoire», a ajouté l’agence dépendant de la Sécurité intérieure des Etats-Unis.
La présidence des Etats-Unis est elle aussi restée laconique sur le sujet. «Il y a eu un arbitre qui n’a pas été admis», a réagi Andrew Giuliani, le patron de l’équipe de la Maison Blanche chargée de l’organisation de la Coupe du monde. «Je ne peux pas entrer dans les détails mais ce que je peux vous dire, c’est que c’était pour une très bonne raison», a-t-il assuré, faisant état de discussions avec le ministre de la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin.
Un responsable du Département d’Etat des Etats-Unis a déclaré à l’AFP qu’il était était «lié à des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes», ce qui «rendait le voyageur inéligible à l’entrée» sur le sol américain.
L’affaire a suscité l’indignation en Somalie, où le ministère de la Jeunesse et des Sports a défendu «l’intégrité» d’Omar Artan et regretté qu’il n’ait pas été possible de revenir sur son renvoi. Le ministère rapporte d’«intenses démarches diplomatiques et des négociations avec les autorités compétentes du gouvernement des États-Unis et de la Fifa, dans le but de parvenir à une résolution immédiate». La Fifa a déclaré pour sa part qu’elle ne pouvait pas intervenir dans les procédures d’immigration des pays hôtes.























