Souvent présenté à tort comme d’origine nigérienne, le garba est pourtant le fruit d’une initiative ivoirienne prise dans les années 1970.
Retour sur l’histoire méconnue d’un plat devenu emblématique de la Côte d’Ivoire.
Plat populaire par excellence, consommé à toute heure dans les rues d’Abidjan et bien au-delà, le garba fait aujourd’hui partie intégrante de l’identité culinaire ivoirienne. Pourtant, son origine continue de susciter débats et approximations.
Contrairement à certaines affirmations largement relayées, le garba ne vient pas du Niger. Son histoire est intimement liée à la Côte d’Ivoire et à une décision politique prise au plus haut niveau de l’État. Au cœur de cette histoire figure 𝐃𝐢𝐜𝐨𝐡 𝐆𝐚𝐫𝐛𝐚, une personnalité ivoirienne dont le nom est désormais associé à ce plat emblématique. 𝐃𝐢𝐜𝐨𝐡 𝐆𝐚𝐫𝐛𝐚 était le neveu de 𝐍𝐚𝐧𝐚𝐧 𝐉𝐞𝐚𝐧 𝐊𝐨𝐮𝐚𝐝𝐢𝐨 𝐀𝐭𝐭𝐨𝐮𝐧𝐠𝐛𝐫𝐞́, ancien chef de canton de 𝐁𝐞́𝐨𝐮𝐦𝐢, et le frère de 𝐃𝐢𝐜𝐨𝐡 𝐌𝐚𝐫𝐢𝐚𝐦, considérée comme la première femme chimiste de Côte d’Ivoire.
Une lignée familiale qui a marqué, à différents niveaux, l’histoire du pays.
Entre 1970 et 1983, 𝐃𝐢𝐜𝐨𝐡 𝐆𝐚𝐫𝐛𝐚 occupe le poste de ministre de la 𝐏𝐫𝐨𝐝𝐮𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚𝐧𝐢𝐦𝐚𝐥𝐞. À cette époque, le thon pêché en Côte d’Ivoire était placé sous douane : il n’était pas destiné au marché local mais transitait par le port de pêche d’Abidjan avant d’être exporté. Lors du stockage et de la manutention, des morceaux de thon se détachaient et s’accumulaient dans les entrepôts. Ces résidus, considérés comme des déchets, étaient voués à être jetés ou abandonnés.
Face à ce gaspillage, le ministre prend une décision pragmatique et sociale : les morceaux de thon sont distribués gratuitement aux commerçants locaux, plutôt que d’être détruits.
Cette mesure, à la fois 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 et 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐧𝐢𝐬𝐭𝐞, permet à une partie de la population d’accéder à une source de protéines jusqu’alors inaccessible.
Rapidement, ces morceaux de thon trouvent leur place dans la cuisine populaire, notamment accompagnés d’𝐚𝐭𝐭𝐢𝐞́𝐤𝐞́.
Dans l’usage courant, le produit est surnommé 𝐩𝐨𝐢𝐬𝐬𝐨𝐧 𝐠𝐚𝐫𝐛𝐚 , en référence à l’homme à l’origine de sa mise à disposition. Le plat, quant à lui, prend définitivement le nom de 𝐠𝐚𝐫𝐛𝐚.
Ce qui n’était au départ qu’une solution à un 𝐩𝐫𝐨𝐛𝐥𝐞̀𝐦𝐞 𝐥𝐨𝐠𝐢𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 devient ainsi un phénomène 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 et 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞𝐥, profondément ancré dans le quotidien ivoirien.
Le garba traverse les générations, les classes sociales et les régions, jusqu’à s’imposer comme un symbole national.
Rappeler cette histoire, c’est rétablir un fait essentiel : le garba est le résultat d’une 𝐢𝐧𝐢𝐭𝐢𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐡𝐚𝐥𝐢𝐞𝐮𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 et politique ivoirienne, et non d’une importation étrangère. Il constitue aujourd’hui un patrimoine 𝐜𝐮𝐥𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 100 % 𝐢𝐯𝐨𝐢𝐫𝐢𝐞𝐧, né de la rencontre entre une 𝐝𝐞́𝐜𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞, l’𝐢𝐧𝐠𝐞́𝐧𝐢𝐨𝐬𝐢𝐭𝐞́ des 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞𝐫𝐜̧𝐚𝐧𝐭𝐬 et les 𝐡𝐚𝐛𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐩𝐮𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬. Au-delà du plat, le garba raconte une autre histoire de la Côte d’Ivoire : 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐞 d’𝐮𝐧 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐜𝐚𝐩𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞 𝐞𝐧 𝐫𝐢𝐜𝐡𝐞𝐬𝐬𝐞 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐮𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞.
Silué yarfolosiaka@gmail.com


















