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Coupe du monde de rugby : la victoire des Springboks arrive à point nommé dans une Afrique du Sud meurtrie

La « nation arc-en-ciel » a écrasé l’Angleterre 32 à 12 lors de la finale de la coupe du monde de rugby au Japon, le 2 novembre 2019.

L’éclatante victoire des Springboks au Mondial de rugby, emmenés pour la première fois par un capitaine noir, Siya Kolisi, intervient à point nommé pour l’Afrique du Sud, en pleine turbulences économiques et sociales, une « euphorie » sportive sur laquelle le gouvernement voudrait bien capitaliser.

« Quelle formidable réussite, Siya Kolisi (…) et tous les joueurs. Vous avez fait beaucoup plus que remporter la coupe du monde de rugby. Vous avez restauré la foi d’une nation qui doute d’elle-même », a résumé le très respecté Desmond Tutu, prix Nobel de la paix. « Si on croit en soi, les rêves peuvent devenir réalité. Aujourd’hui, notre père, Nelson Mandela (premier président noir sud-africain, NDLR), sourit depuis le paradis », a-t-il assuré.

Car non seulement les Springboks ont remporté leur troisième coupe du monde, après leurs exploits de 1995 et 2007, mais ils l’ont décrochée avec un capitaine noir. Une première hautement symbolique dans un pays, où les Noirs étaient exclus de l’équipe nationale de rugby pendant les pires heures du régime raciste de l’apartheid, officiellement tombé en 1994.

« Puisse ce moment (…) inspirer notre nation pour construire l’Afrique du Sud rêvée » par Nelson Mandela, a estimé la fondation qui porte le nom de l’ancien président, alors que les vieux démons du racisme continuent d’empoisonner le pays. Cette victoire est « un exemple parfait de ce que nous pouvons réussir quand on est unis », a-t-elle ajouté.

Après le coup de sifflet final, le capitaine Siya Kolisi, gamin de township devenu héros, n’a pas dit autre chose, sortant, fait rarissime, de son discours purement sportif. « Nous avons tellement de problèmes dans notre pays, mais nous avons une telle équipe. Nous avons des origines différentes (…) mais nous nous sommes rassemblés avec un but unique et nous voulions l’atteindre », a-t-il déclaré.

« Cela montre que si on tire tous dans le même sens, on peut réussir quelque chose », a-t-il conclu son message qui va bien au-delà de la prouesse sportive.

« Le rugby ne devrait pas créer de pression, mais plutôt de l’espoir »

« Nous avons besoin de ce genre d’élément positif dans notre pays », s’est réjoui l’ancien capitaine des Springboks Jean de Villiers, évoquant les problèmes politiques et économiques de son pays. « Soudain, nous nous sentons tellement mieux en Afrique du Sud. C’est tout simplement incroyable! », s’est-il exclamé.

La joie de supporteurs sud-africains au Cap regardant la finale de la Coupe du monde de rugby, le 2 novembre 2019
La joie de supporteurs sud-africains au Cap regardant la finale de la Coupe du monde de rugby, le 2 novembre 2019 (REUTERS – MIKE HUTCHINGS / X00388)

Une « euphorie » dont le président sud-africain Cyril Ramaphosa voudrait bien profiter. « C’est un indicateur puissant de ce que nous pouvons réaliser, nous les Sud-Africains, lorsque nous nous fixons des buts et que nous travaillons ensemble pour les réaliser », a-t-il indiqué dans un communiqué destiné à la presse.

De fait, cette victoire ne pouvait pas mieux tomber dans un pays où s’accumulent depuis plusieurs années les mauvaises nouvelles : croissance molle, chômage endémique (29%), très fortes inégalités et criminalité rampante (58 meurtres par jour). « En Afrique du Sud, la pression, c’est de ne pas avoir de boulot, c’est d’avoir un proche qui se fait tuer… Le rugby ne devrait pas créer de pression, mais plutôt de l’espoir. C’est un privilège, pas un fardeau », a expliqué à l’AFP l’entraîneur des Springboks, Rassie Erasmus. « L’espoir, c’est quand vous jouez bien et que les gens viennent vous voir jouer, qu’ils regardent le match autour d’un bon braai (un barbecue sud-africain, NDLR)… Peu importe les différences politiques ou religieuses, pendant ces 80 minutes (de finale), vous oubliez. »

« Prendre exemple sur les Boks »

De l’espoir, le rugby en a suscité beaucoup, depuis le 2 novembre. Notamment avec le fabuleux destin de Siya Kolisi.

« Quand j’étais enfant, la seule chose à laquelle je pensais était de savoir quand j’aurais mon prochain repas », a expliqué, le capitaine tout juste couronné. « C’est incroyable de voir une histoire comme celle de Siya », a souligné l’ancienne star du rugby sud-africain Bryan Habana. Et voir en plus « un gars galvaniser une équipe qui ne semblait pas pouvoir gagner il y a dix-huit mois, c’est extraordinaire ! »

« Il est de la responsabilité » de l’Afrique du Sud de « prendre exemple sur les Boks et de mettre de côté ses querelles insignifiantes », a exhorté le journal Sunday Independent. Dans le cas contraire, a prévenu le Sunday Times« le pays s’achemine vers un avenir lugubre ».

Source: France info