POLITIQUE

DE MARCOUSSIS A LA RIVIERA. Jean-Yves le Drian est retourné en France comme il est venu: sur la pointe des pieds.

Pourtant, l’inamovible ministre hexagonal des Affaires étrangères était en mission commandée en Côte d’Ivoire; l’hommage national à Amadou Gon Coulibaly n’ayant servi que de prétexte pour couvrir l’opération.

En effet, le mardi 14 juillet 2020, une réunion au sommet a réuni les présidents Alassane Ouattara et Macky Sall du Sénégal (pour le compte de la CEDEAO), Jean-Yves le Drian et les ambassadeurs Michael Grau d’Allemagne (pour le compte de l’Union européenne) et Richard K. Bell des USA (pour le compte de la communauté internationale).

Le thème à l’ordre du jour: l’impasse de la situation politique en Côte d’Ivoire. Ce pays-phare, où la communauté internationale est intervenue militairement en 2011 pour installer Ouattara, est à la croisée des chemins.

Et les signaux politiques, qui n’ont jamais été verts, passent de l’orange au rouge: le vide se crée au niveau de l’Exécutif, le candidat du pouvoir est décédé et, dans un climat délétère, l’Opposition, qui dénonce les fraudes à l’enrôlement, conteste les règles du jeu électoral.
La Côte d’Ivoire danse sur une poudrière et les parrains sont à la manœuvre pour désamorcer la bombe avant une présidentielle à hauts risques.
Selon la décision n°049/CEI/PDT du 10 juillet 2020 fixant la date de dépôt des candidatures à l’élection du président de la République, la période de ce dépôt court du jeudi 16 juillet au lundi 31 août 2020.

Le RHDP est orphelin et toutes les campagnes de presse invitent Ouattara à se remettre en lice. Car, au sein de la majorité présidentielle, caporalisée par le RDR, l’offre politique pour remplacer Gon Coulibaly est très faible et les clans ont déterré la hache de guerre dans une lutte fratricide.
Mais une nouvelle candidature de Ouattara est contestée et par l’Opposition qui soutient son inéligibilité et par les partenaires extérieurs qui disent: “Deux mandats, ça suffit”, surtout que Ouattara a été félicité, des USA en France, quand il a déclaré qu’il passait le témoin à une nouvelle génération.

L’autre nœud gordien de la crise politique ivoirienne est l’organisation même de la présidentielle le samedi 31 octobre 2020.
La réforme du Code électoral, en son article 54 alinéa 13, a introduit le parrainage des candidatures. Le communiqué du Conseil des ministres du lundi 13 juillet 2020 précise que chaque candidat à l’élection présidentielle doit être parrainé par des électeurs de dix-sept régions ou districts autonomes et représentant au moins 1% de l’électorat de la région ou district concerné.

Seulement voilà. Selon l’article 11 nouveau du Code électoral, la CEI doit afficher la liste électorale provisoire trois mois au plus tard avant l’élection, c’est-à-dire le 31 juillet. Et la liste définitive est arrêtée quinze jours avant le scrutin, soit le 16 octobre, étant donné que durant cette période “tout électeur inscrit sur la liste de la circonscription électorale peut réclamer l’inscription d’un individu omis ou la radiation d’un individu indûment inscrit” (article 12 nouveau du Code électoral).

Le Conseil constitutionnel ne pouvant valider une liste provisoire, techniquement, il va donc s’avérer impossible à des candidats de répondre, en deux semaines, aux critères de parrainage.

C’est pourquoi, alors que la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), sur saisine du PDCI-RDA et par arrêt en date du mercredi 15 juillet, donne trois mois au pouvoir pour une réforme en profondeur de la CEI, les acteurs extérieurs, missionnés à Abidjan, militent pour le report du scrutin et la mise en place d’un gouvernement de transition d’un semestre environ.

Sa mission est celle confiée aux Seydou E. Diarra, Charles Konan-Banny et Soro K. Guillaume sous Laurent Gbagbo: organiser un scrutin crédible, juste et transparent dans un climat relativement apaisé.

Ainsi, après le Linas-Marcoussis de Gbagbo dans la banlieue parisienne, voici Alassane Ouattara au pied du mur de sa feuille de route de la Riviera-Golf. Le monde se révèle un perpétuel recommencement.

Une contribution de F. M. Bally

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