L’ancien « maître » de la forêt du Mont Péko, Amadé Ouérémi, ne ressemble plus que par son nom au redoutable chef de milice qui régnait sur l’Ouest ivoirien. Incarcéré au sein du bâtiment C du Pôle Pénitentiaire d’Abidjan (PPA, ex-MACA), l’homme qui fut le bras armé – bien qu’encombrant – de la reconquête pro-Ouattara en 2011, s’éteint aujourd’hui à petit feu dans l’anonymat carcéral.
Selon nos informations, l’état de santé de l’ancien condamné à perpétuité s’est considérablement dégradé ces derniers mois. Ceux qui ont pu l’approcher décrivent un homme « méconnaissable », marqué par l’usure de l’isolement et la maladie. Loin de l’image du chef de guerre en treillis qui défiait l’autorité de l’État depuis son bastion de Duékoué, Amadé Ouérémi apparaît désormais affaibli, décharné, cristallisant la fin de parcours d’un supplétif tombé en disgrâce.
Un héritage encombrant pour le RHDP
Le choix du Bâtiment C n’est pas anodin. Réputé pour son régime de haute sécurité, il abrite les détenus condamnés pour des crimes de sang ou considérés comme sensibles. Pour le « Seigneur du Mont Péko », ce bâtiment est devenu un huis clos où il finit ses jours, loin des attentions diplomatiques et des jeux de pouvoir abidjanais.
La situation d’Amadé Ouérémi reste un sujet tabou dans les couloirs du palais du Plateau. Si sa condamnation en 2021 pour « crimes contre l’humanité » visait à donner des gages à la justice internationale concernant les massacres de Duékoué (entre 300 et 800 morts en mars 2011), son agonie silencieuse arrange une partie de l’appareil sécuritaire.
Ouérémi a toujours clamé avoir agi sous les ordres de la hiérarchie militaire des ex-Forces Nouvelles (FN). Sa disparition physique éteindrait définitivement une source de témoignages gênants.Le procès d’Amadé Ouérémi avait été perçu comme une étape clé, bien que partielle, pour juger les crimes commis par le « camp des vainqueurs ». Sa fin de vie solitaire derrière les barreaux du PPA marque le dernier chapitre d’une ère de seigneurs de guerre dont Abidjan cherche aujourd’hui à effacer les traces.
Source : Enquête Media 28/04/2024















