Les élections législatives viennent de boucler la spirale des élections en cette année 2025. Chacun tirera les leçons qui s’imposent. D’autres verront le verre à moitié plein ou à moitié vide. N’empêche qu’il faut admettre que notre pays fait face à une crise de la démocratie.
La Côte d’Ivoire n’est pas en crise parce qu’un homme se maintient au pouvoir.
Elle est en danger parce qu’un principe fondamental est en train d’être dissous. Ce principe, c’est la limite du pouvoir par le droit.
Le débat sur le quatrième mandat du président Alassane Ouattara est trop souvent réduit à une querelle de personnes, de camps ou de calculs politiciens. C’est une erreur grave. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse un individu. Il s’agit de savoir si la Côte d’Ivoire accepte durablement que la force de fait remplace la légitimité de droit.
En politique, ce qui détruit une République n’est pas toujours la violence, mais l’habitude de l’exception. En justifiant un nouveau mandat par des interprétations opportunistes du droit, le pouvoir envoie un message clair qui est que la Constitution n’est plus une limite, mais un outil ajustable.
Or, un pays qui accepte qu’un président s’affranchisse des garde-fous constitutionnels accepte, demain, que les élections deviennent une formalité, que les institutions cessent d’arbitrer et que la loyauté remplace la compétence.
Ce précédent ne s’arrêtera pas à Ouattara. Il pèsera sur tous ceux qui viendront après lui. C’est ainsi que les démocraties meurent. Non pas dans le fracas, mais dans l’indifférence juridique.
Alors, on nous parle de stabilité ! Mais la stabilité sans légitimité est une illusion.
Un pouvoir qui se prolonge au-delà de l’acceptabilité démocratique ne produit pas la paix. Il retarde les tensions, les accumule, puis les transmet à la génération suivante. La Côte d’Ivoire connaît ce mécanisme. Elle l’a payé cher.
La véritable stabilité repose sur trois piliers que sont la confiance dans les règles, l’alternance possible et l’inclusion politique. En fragilisant ces piliers, le quatrième mandat crée une stabilité de façade, mais prépare une instabilité profonde, silencieuse, dangereuse.
Pendant ce temps, la jeunesse ivoirienne observe. Et ce qu’elle voit est inquiétant. C’est un système fermé, où le sommet ne se renouvelle plus, où les règles changent selon les intérêts du moment.
Quand un pays explique implicitement à sa jeunesse que le mérite ne suffit pas, que le vote ne décide plus réellement et que l’avenir est verrouillé, alors il fabrique soit la résignation, soit la radicalisation. Dans les deux cas, c’est la nation qui perd.
Le quatrième mandat n’est pas seulement un problème institutionnel. C’est un message négatif adressé à toute une génération.
La Côte d’Ivoire a longtemps été présentée comme un modèle de reconstruction et de croissance. Mais aucun pays ne peut durablement se prévaloir d’une image démocratique tout en fragilisant ses propres règles.
L’histoire récente du continent montre clairement que les régimes qui s’installent dans la durée par des contorsions juridiques finissent par perdre leur crédit diplomatique, leur attractivité économique et leur capacité d’influence régionale. Le quatrième mandat ne renforce pas la Côte d’Ivoire à l’extérieur. Il l’expose.
S’opposer à un quatrième mandat n’est donc ni une posture émotionnelle ni un rejet personnel. C’est un combat de principe. Ce combat ne doit pas être violent. Il doit être clair, structuré et constant.
La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de chaos. Elle a besoin de règles respectées, de débats honnêtes et d’une alternance crédible. Refuser le quatrième mandat, c’est refuser la banalisation de l’arbitraire. C’est défendre l’idée simple mais essentielle que le pouvoir n’appartient jamais à un homme, mais à la nation.
Le quatrième mandat est peut-être légal pour certains. Mais il est illégitime pour beaucoup. Et surtout, il est dangereux pour tous. La question n’est donc pas de savoir si Ouattara peut-il rester. La vraie question est : que restera-t-il de la République après tout cela ?
L’histoire jugera. Mais le présent nous oblige à parler, à résister et à penser plus loin que l’instant.
Par Fabrice Lago
Spin Doctor
Stratège en communication politique et d’influence.
Spécialiste du récit politique.















