Abidjan, le 29 avril 2026. Le Conseil des ministres ivoirien a adopté ce mercredi une série de décrets réformant en profondeur la fiscalité aéroportuaire du pays. Derrière cette décision aux allures techniques se cache une ambition politique clairement assumée : faire d’Abidjan le hub aérien continental de référence. Une ambition que le ministre des Transports et des Affaires Maritimes, Amadou Koné, défend depuis le premier jour de sa prise de fonction et qu’il vient de transformer en actes.
Un conseil des ministres qui marque un tournant
Le gouvernement ivoirien, réuni ce 29 avril 2026 sous la présidence du chef de l’État Alassane Ouattara, a validé trois décrets portant révision des redevances aéronautiques appliquées dans les aéroports du pays. Ces textes modificatifs touchent directement la redevance sur les passagers, la redevance de sûreté et la redevance de sécurité trois leviers fondamentaux du coût global du billet d’avion pour les voyageurs.
La mesure phare : une réduction de 25 % sur les taux de la redevance passagers et de la redevance de sûreté pour tous les vols opérés au sein de l’espace CEDEAO. Une décision qui s’inscrit en droite ligne dans l’acte additionnel communautaire adopté en décembre 2024 à Abuja par les chefs d’État de la sous-région, dont le président Alassane Ouattara lui-même.
Mais les réformes vont au-delà de la seule zone régionale. Les nouvelles grilles tarifaires concernent également les vols domestiques, les liaisons vers les pays africains hors CEDEAO et les dessertes intercontinentales. L’objectif déclaré : harmoniser la politique de compétitivité des plateformes aéroportuaires ivoiriennes avec les standards communautaires, tout en créant les conditions d’un développement accéléré d’Air Côte d’Ivoire, la compagnie nationale.
Amadou Koné : une vision, une méthode, des résultats
Si ces décrets portent la signature collective du gouvernement, ils sont avant tout le fruit d’une conviction portée de longue date par le ministre Amadou Koné. Depuis sa prise de fonction à la tête du ministère des Transports et des Affaires Maritimes, celui-ci n’a cessé d’alerter sur le poids écrasant de la fiscalité dans le coût du transport aérien en Côte d’Ivoire et dans la sous-région en général.
Comme le rappelle son directeur général du Transport aérien, Hamed Coulibaly Djibril, dans son discours d’ouverture de l’atelier national sur la compétitivité : « Dès notre prise de fonction, vous avez indiqué que nous devons travailler au développement de notre système d’aviation. Vous avez insisté à ce que nous œuvrions au développement des compagnies ivoiriennes, surtout Air Côte d’Ivoire. »
Cette orientation s’est d’abord traduite par une démarche d’écoute et de diagnostic. En janvier 2025, le ministère organisait un premier atelier sur l’écoute des usagers du transport aérien. En avril 2026, les 9 et 10, il réunissait au siège du Patronat ivoirien (CGECI) près de 150 participants administrations, compagnies aériennes, experts internationaux, représentants de l’OACI, de l’IATA, de la Banque mondiale et de la BAD , pour un atelier national inédit sur la compétitivité du secteur.
Deux journées intenses de travaux thématiques, structurés autour de quatre axes : réformes fiscales et douanières, attractivité et infrastructures, tarification et redevances, développement durable. Un exercice collectif dont les recommandations ont directement nourri les arbitrages présentés ce 29 avril en Conseil des ministres.
L’acte additionnel de la CEDEAO : le fondement juridique d’une réforme longtemps attendue
La réforme ivoirienne ne surgit pas de nulle part. Elle s’ancre dans un texte communautaire majeur : l’Acte additionnel A/SA.2/12/24, adopté le 15 décembre 2024 à Abuja lors de la 66ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO.
Ce texte, signé notamment par le président Alassane Ouattara aux côtés de ses homologues de la sous-région, établit une politique commune ambitieuse en matière de redevances aéronautiques et de taxes sur le transport aérien. Il constate avec sévérité que les États membres de la CEDEAO « appliquent collectivement les redevances les plus élevées sur les passagers en Afrique et dans le reste du monde », et que cette situation constitue un frein majeur au développement économique régional.
L’acte prescrit concrètement, dans un délai de douze mois suivant son entrée en vigueur, l’abolition de quatre taxes jugées contre-productives la taxe sur les billets, la taxe sur le tourisme, la taxe de solidarité et la taxe sur les voyages à l’étranger, ainsi qu’une réduction de 25 % des redevances passagers et de sûreté sur les vols intra-CEDEAO.
En adoptant dès ce 29 avril ces mesures de réduction, la Côte d’Ivoire se positionne parmi les premiers États de la région à traduire cet engagement communautaire en droit national. Un signal fort adressé à ses partenaires régionaux, mais aussi aux compagnies aériennes internationales.
Abidjan face à la compétition continentale : l’enjeu de l’heure
La réforme ivoirienne s’inscrit dans un contexte de concurrence aéroportuaire continentale de plus en plus vive. Des hubs comme Addis-Abeba, Nairobi, Casablanca ou même Dakar et Lomé se disputent les flux de trafic régional et intercontinental. Pour Abidjan, dont l’aéroport Félix Houphouët-Boigny a vu son trafic progresser ces dernières années, la compétitivité fiscale représente un levier essentiel d’attractivité.
Le constat posé lors de l’atelier d’avril 2026 était sans ambiguïté : une fiscalité peu incitative, des coûts opérationnels élevés et une saturation progressive des infrastructures constituaient les principaux freins à l’essor du secteur. La feuille de route adoptée à l’issue des travaux repose sur trois piliers : allègement et simplification des procédures, innovation et digitalisation, durabilité.
Les décrets adoptés ce jour constituent la première déclinaison concrète de cette feuille de route. Pour Air Côte d’Ivoire en particulier, la réduction des charges parafiscales offre une marge de manœuvre nouvelle pour affûter ses tarifs sur les liaisons régionales, précisément là où la concurrence avec les transporteurs étrangers est la plus vive.
Un élan collectif, une responsabilité partagée
Le ministre Amadou Koné est le premier à souligner que la compétitivité d’un secteur ne se décrète pas, elle se construit, collectivement. C’est le sens même de la démarche participative qui a précédé les décisions gouvernementales : mobiliser tous les acteurs de l’écosystème aérien ivoirien autour d’un diagnostic partagé et d’une feuille de route commune.
Comme le résumait le représentant du ministre à la clôture de l’atelier d’avril, en paraphrasant le directeur régional de l’OACI : « La compétitivité ne se décrète pas, elle se construit. » Et la construction, en l’occurrence, a commencé bien avant les décrets de ce mercredi dans les salles de travail du Patronat ivoirien, dans les échanges entre experts, compagnies et administrations, dans la conviction tranquille d’un ministre qui a fait de l’aviation un levier de développement national.
La promulgation de ces textes marque une étape importante. Leur mise en œuvre effective, leur suivi rigoureux et la poursuite des réformes structurelles identifiées lors de l’atelier notamment sur les infrastructures, la digitalisation et la gouvernance du secteur constitueront le véritable test de la durabilité de cette ambition.
La Côte d’Ivoire a posé ses jalons. La course au hub continental, elle, ne fait que commencer.
Sercom Ministère des Transports et des Affaires Maritimes















