Sous les habits séduisants de la paix, se cache parfois le visage dur de la domination. L’idée d’un nouveau « Conseil de paix », évoquée par le Président américain Donald Trump, suscite autant d’interrogations que d’inquiétudes. Présentée comme un élan (diplomatique) destinée à stabiliser un monde fragmenté, cette initiative est portée par un discours imprégné de rapports de force, de hiérarchisation des nations et d’une vision unilatérale de l’ordre mondial.
Le langage qui accompagne cette proposition ne respire, en effet, pas la coopération entre égaux. Il évoque plutôt la vieille logique des puissances tutélaires, celles qui décident pour les autres, tranchent au nom des faibles sans leur donner voix, et imposent des solutions construites loin des réalités locales. Quand la paix est dictée par les plus forts, elle cesse d’être un équilibre collectif pour devenir un outil stratégique.
Les faits récents viennent nourrir cette inquiétude. L’affaire vénézuélienne, présentée dans certains cercles diplomatiques comme une opération facilitée par des complicités internes ayant conduit à l’arrestation et à l’extradition d’un chef d’État vers les États-Unis, a choqué une partie de l’opinion internationale. Quelles que soient les versions officielles, cet épisode révèle une méthode : intervenir directement dans la souveraineté d’un État jugé hostile, en court-circuitant les mécanismes multilatéraux. Une démonstration de force qui ressemble moins à une action de justice internationale qu’à un message politique adressé au reste du monde.
Dans le même registre, les déclarations répétées sur la volonté américaine de s’approprier le Groenland — territoire stratégique du Danemark — relèvent d’une logique expansionniste à peine voilée. Derrière les arguments de sécurité et d’intérêts géostratégiques, se dessine une conception inquiétante des relations internationales : celle où la puissance économique et militaire autorise à redessiner les frontières de l’influence, voire des territoires.
C’est précisément dans ce contexte que l’idée d’un « Conseil de paix » prend une autre signification. Pour de nombreux observateurs, il ne s’agirait pas d’un organe neutre de stabilisation, mais d’un instrument institutionnel destiné à légitimer des décisions prises par les grandes puissances, avec à leur tête les États-Unis, afin d’encadrer, discipliner ou affaiblir les États récalcitrants. Le risque est immense. Un tel conseil pourrait marginaliser davantage les institutions multilatérales existantes, notamment l’ONU, déjà affaiblie par les blocages géopolitiques. Il instaurerait une diplomatie à deux vitesses : celle des États dominants qui décident, et celle des nations dites « faibles » qui exécutent ou subissent.
Plus grave encore, cette initiative menace l’équilibre mondial. En banalisant l’ingérence et en normalisant la pression politique, économique et militaire, elle ouvre la voie à une instabilité chronique. Les régions fragiles deviendraient des terrains d’expérimentation géopolitique, tandis que les peuples paieraient le prix des rivalités de puissances.
Pour beaucoup d’analystes, cette démarche s’inscrit dans une nouvelle forme d’impérialisme : moins visible, certes, que la colonisation classique, mais tout aussi efficace. Une domination par les normes, les sanctions, les interventions ciblées et la diplomatie coercitive. L’objectif serait clair : réaffirmer une suprématie américaine mise à l’épreuve par l’émergence de nouveaux pôles de puissance comme la Chine, la Russie et les alliances du Sud global.
Le monde n’a pourtant pas besoin d’un conseil de domination. Il a besoin d’un multilatéralisme rénové, équitable, où chaque État compte, quelle que soit sa taille ou sa puissance militaire. La paix durable ne se décrète pas depuis Washington, Moscou ou Pékin. Elle se construit avec les peuples concernés, dans le respect mutuel et l’équilibre des intérêts.
À vouloir imposer une paix verticale, on fabrique souvent des guerres horizontales. L’Irak, la Libye et l’Afghanistan, et même la Libye, la Centrafrique, les deux Soudans ou même la RD Congo, restent des cicatrices ouvertes, rappelant que les interventions présentées comme stabilisatrices peuvent engendrer des décennies de chaos. Le véritable danger du « Conseil de paix » version Trump n’est donc pas seulement institutionnel. Il est idéologique. Il traduit une vision du monde où la paix devient un outil de contrôle géopolitique et non un bien commun universel. L’histoire est formelle : lorsqu’une seule puissance prétend incarner la paix du monde, elle finit souvent par en devenir le principal facteur d’instabilité.
Source : Hermann Aboa
















