Dans un texte publié sur sa page Facebook, l’ex-rebelle et ex-ministre Alain Lobognon explique que les Américains seraient unis derrière leur pays, même en temps de crise, contrairement aux Ivoiriens qui, selon lui, se réjouiraient des difficultés de leur propre nation. Il cite l’affaire des soldats ivoiriens au Mali et l’incident de l’avion d’Air Côte d’Ivoire pour conclure que la Côte d’Ivoire manquerait de patriotisme et qu’il faudrait désormais imposer un patriotisme farouche et intransigeant.
Le problème, c’est que ce discours oublie qu’on ne distribue pas des certificats de patriotisme lorsqu’on a soi-même été associé à une période où l’unité nationale a été brisée par la force. La Côte d’Ivoire n’a pas été fragilisée par des tweets ou des opinions critiques.
Elle a été fracturée par une rébellion armée qui a coupé le pays en deux, opposé des Ivoiriens entre eux et affaibli durablement l’État. On a opposé les ethnies entre elles. On a instrumentalisé la religion et tout cela pour servir une cause politique. on a mené des campagnes de dénigrement à l’étranger contre son pays notamment sur la question du travail des enfants dans les champs de cacao. On a soutenu le documentaire mensonger « Poudrière identitaire » du belge Benoit Scheuer pour exacerber les divisions nationales et tout cela parce qu’on voulait renverser un régime.
Cette page de notre histoire n’a rien d’un exercice académique sur le patriotisme. Elle a coûté des vies, détruit la confiance nationale et laissé des cicatrices encore visibles. Le discoureur détruit souvent la pertinence du discours.
Comme dirait mon ami Guytou, : « Qui me juge ? »
Il ne faut pas aimer son pays seulement quand on est au pouvoir et qu’on participe à la curée. Le patriotisme ne consiste pas à exiger le silence derrière une position officielle. Ce n’est pas non plus une adhésion obligatoire à une lecture unique des événements. Dans toutes les démocraties, y compris celles que l’on cite en exemple, le patriotisme coexiste avec la critique. Aux États-Unis, l’opposition conteste ouvertement les guerres, les décisions militaires et la politique étrangère sans être accusée de trahison. Confondre patriotisme et unanimisme, c’est précisément ce qui affaiblit les nations.
Le vrai problème n’est donc pas que des Ivoiriens posent des questions ou expriment des doutes. Le problème, c’est la tentation de décréter que toute voix critique serait antipatriotique. Cette logique transforme le patriotisme en instrument politique, et non en valeur nationale.
Le patriotisme ne peut pas être une posture à géométrie variable qui est intransigeant lorsqu’il s’agit de faire taire les autres, mais silencieux face aux épisodes qui ont profondément divisé le pays. Avant de demander aux Ivoiriens de rougir de honte, il faudrait peut-être commencer par reconnaître avec évidence que le patriotisme commence d’abord par la cohérence, la mémoire et la responsabilité.
Source : Steve Beko
















