Et si Laurent Gbagbo et le PPA-CI avaient finalement eu raison de boycotter les législatives ? La question n’est plus anodine. Elle n’est pas provocatrice. Elle s’impose comme un verdict que personne ne veut lire à voix haute mais que beaucoup chuchotent déjà. Car à l’issue du scrutin, une pluie de témoignages, d’images, de récits indignés dessine un paysage troublant. Celui d’un vote entaché d’irrégularités, d’accusations de fraude massive, de suffrages “ajustés”, “corrigés”, “révisés”, dit-on, parfois même défigurés. Il ne s’agit pas ici de déclarer l’un coupable ou l’autre innocent — ce rôle appartient aux institutions. Mais il est permis, il est même légitime, de questionner le climat. Et de se demander si la stratégie du boycott, tant critiquée, tant moquée, n’était pas, au fond, un cri d’alerte avant l’effondrement.
Car un boycott, dans le langage politique, n’est pas un silence. C’est un refus de cautionner. Et si ce refus, hier perçu comme la fuite en avant d’un parti, ressemblait aujourd’hui au geste de celui qui refuse de s’asseoir à une table truquée ? À un joueur qui se lève parce qu’il a compris que la partie était décidée avant même de distribuer les cartes ?
Certains diront : “On ne change pas le système en restant dehors.” D’autres répondront : “On ne sauve pas la démocratie en jouant dans une pièce où le scénario est déjà écrit.” Deux intuitions, deux stratégies, deux conceptions de la lutte. Les résultats contestés donnent soudain de l’épaisseur à la seconde hypothèse. Quand la confiance disparaît, le vote n’est plus une expression. Il devient un pari. Quand la transparence s’effrite, le citoyen ne choisit plus : il espère. Quand les soupçons deviennent trop nombreux pour être balayés d’un revers de main, le processus démocratique lui-même se transforme en suspect. Dès lors, l’absent n’est plus le fautif ; il devient parfois le témoin.
L’histoire politique est pleine de ces ironies-là : ceux qu’on traitait d’irresponsables deviennent, quelques années plus tard, les seuls à avoir vu venir la vague. Peut-être que le PPA-CI a eu tort. Peut-être qu’il a eu raison. Peut-être qu’il est trop tôt pour le dire. Mais ce qui est sûr, c’est que la question mérite enfin d’être posée sérieusement, non par passion partisane, mais par souci du pays. Comment continuer à faire croire à la neutralité du jeu électoral quand ceux qui y participent ressortent avec l’impression d’avoir été floués ? Ce débat ne concerne pas que le PPA-CI. Il concerne la nation. Il concerne chaque citoyen qui se demande si sa voix compte encore…
Et si, finalement, ce boycott n’était pas un refus de participer à la République, mais une manière de rappeler que la République n’existe pas sans confiance, et qu’aucune victoire ne vaut le prix d’une démocratie boiteuse ? L’histoire jugera. Mais en attendant, la conscience collective, elle, réclame des réponses.
Hermann Aboa
















