CULTURE

Grammy Awards : et de 4 pour Angélique Kidjo !

La chanteuse béninoise entre encore plus dans la légende avec cette distinction dans la catégorie « Meilleur album de musique du monde »

Avec son opus CeliaAngélique Kidjo a de nouveau frappé les esprits et les cœurs des mélomanes. Ce dimanche, la chanteuse béninoise a reçu son quatrième Grammy Awards dans la catégorie « Meilleur album de musique du monde ». La concurrence était pourtant rude, puisqu’aux côtés de la star africaine, tout juste rentrée du Forum économique de Davos, était également nommé le chanteur nigérian mondialement reconnu Burna Boy. Lors de son discours de remerciements, Angélique Kidjo, coiffée d’un pagne vert, jaune et blanc, n’a pas manqué de lui rendre hommage. « Il y a quatre ans sur cette scène, je vous avais dit qu’une nouvelle génération d’artistes venus d’Afrique allait vous prendre d’assaut. Ce temps est venu. Ceci est pour Burna Boy. Burna Boy fait partie de ces jeunes artistes africains qui changent la façon dont notre continent est perçu, et qui montre que la musique africaine est la base de toutes les musiques », a-t-elle lancé au public du Staples Center de Los Angeles, endeuillé par le décès brutal le matin même du basketteur Kobe Bryant.

Un album hommage

Après notamment Sings en 2016 et Eve en 2015, la Recording Academy – organisation regroupant les professionnels de l’industrie du disque – a une nouvelle fois récompensé Angélique Kidjo, pour un album dédié cette fois à une femme emblématique de la musique latino-américaine : Celia Cruz. La « reine de la salsa » fait partie « de ces artistes qui m’ont appris lorsque j’étais jeune que mon genre ne définissait pas celle que j’étais, et que je pouvais faire tout ce que je voulais », a fait savoir la chanteuse lauréate. Enregistré entre Paris et New York, cet album rend hommage à l’africanité de Celia Cruz, et met en avant les sonorités de sa musique inspirées du continent. Angélique Kidjo a rendu possible sa fusion grâce à la technique du batteur nigérian Tony Allen, ex-acolyte de Fela Kuti, et à la participation de la fanfare béninoise The Gangbé Brass Band.

Surprenant pour qui ne connaît pas l’histoire de la musique cubaine, l’hommage d’Angélique Kidjo à l’artiste cubaine n’est pourtant pas sans fondement. « Je sentais qu’elle était une sœur perdue de l’autre côté du monde. Comme moi, elle a vécu l’exil d’une dictature et a toujours été fière de ses racines, de ses racines africaines, avait confié la star béninoise au Point Afrique, en mai dernier. De la même manière que je voulais ramener le rock and roll en Afrique avec le projet Remain In Light de Talking Heads, je veux maintenant rendre hommage à cette voix incroyable et à ces chansons qui réunissent les racines de la musique religieuse africaine et l’Afrobeat ».

Une « diva africaine » engagée

Tel est tout le sens de la carrière d’Angélique Kidjo. Son succès et sa popularité mondiale, elle les met au service des combats qu’elle mène. Son album Everécompensé là aussi par un Grammy en 2015, rendait hommage aux femmes africaines. Avec treize titres chantés en Fon, Yoruba, Goun ou Mina, l’artiste a conté au monde entier le quotidien et les combats des femmes du continent. Pour ce projet, elle avait d’ailleurs parcouru ses terres pendant trois ans, du Bénin au Kenya entre autres. Mais celle que The Time considère comme « la première diva africaine » s’engage aussi en dehors de la musique. Ambassadrice à l’Unicef depuis 2002, Angélique Kidjo milite aussi à travers toute l’Afrique via la Fondation Batonga, qu’elle a créée. À travers la distribution de bourses, de fournitures scolaires et de la formation, l’association soutient les études secondaires de jeunes filles africaines afin qu’elles puissent prendre part au développement du continent.

Un combat qu’elle mène de front avec sa carrière, indispensable selon elle de la vie d’artiste. En 2017, cette native de Ouidah l’affirmait avec conviction au Point Afrique, à l’occasion de la publication de ses mémoires : « Je pense qu’il y va du devoir des artistes de commencer ce travail afin que cela ne vienne pas toujours de l’extérieur. Donc il est urgent maintenant qu’on le fasse pour donner un dynamisme à notre propre continent par les arts, mais aussi l’entrepreneuriat. Il faut que les artistes soient le fer de lance de ce changement profond », avait-elle martelé. Des convictions, et une carrière qui pour le journal béninois La Nouvelle Tribune lui vaut bien le titre de « légende de la musique béninoise et mondiale ».

Source: Le Point.fr