À un peu plus de trois semaines des législatives, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) entre dans une phase charnière de son histoire. Sous la présidence de Tidjane Thiam, le parti a fait le choix stratégique de s’allier au PPA-CI de Laurent Gbagbo au sein du Front Commun. Une décision qui, si elle avait visé à renforcer le poids de l’opposition face au RHDP, soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations sur l’avenir du plus vieux parti politique ivoirien.
Depuis sa rupture avec le RHDP en 2018, le PDCI cherchait un nouveau souffle. L’arrivée de Tidjane Thiam à sa tête avait suscité de nombreux espoirs, ceux d’un renouveau, d’un repositionnement autonome, et d’un retour au premier plan. Mais en s’alignant sur une coalition dominée par Laurent Gbagbo et le PPA-CI, le PDCI semblait avoir renoncé, du moins temporairement, à cette ambition d’indépendance stratégique.
Une coalition sous tension
L’union avec le PPA-CI, si elle pouvait paraître tactiquement opportune, n’était pas sans risques. Le PDCI, longtemps perçu comme la colonne vertébrale de l’opposition modérée, s’est retrouvé subordonné à une formation politique au style plus radical, incarnée par un Laurent Gbagbo toujours très influent et très imposant. Ce rapprochement a brouillé les lignes idéologiques et avait accentué la perte de repères d’un électorat attaché à l’héritage houphouëtiste.
En interne, cette orientation avait suscité des crispations. Le leadership de Tidjane Thiam, affaibli par son éloignement géographique, peinait à rassurer une base militante en quête de clarté et de proximité. Le spectre d’une crise interne, alimentée par des ambitions concurrentes et des frustrations régionales, plane sur le parti.
Une stratégie à double tranchant
Le contexte politique n’est guère favorable. Le RHDP, bien » boulonné » au pouvoir, semble affiner une stratégie de double pression. D’un côté, la menace judiciaire visant certains cadres du PDCI, voire son président, de l’autre, des offres de rapprochement destinées à fissurer l’unité du parti d’Houphouet. Dans ce jeu d’équilibriste, le PDCI risque de se retrouver pris en étau, sans marge de manœuvre réelle.
La question centrale demeure, le PDCI pouvait-il encore incarner une alternative crédible s’il se contentait d’un rôle d’appoint dans une opposition dominée par une figure comme celle de Laurent Gbagbo ? La réponse dépendra de sa capacité à se réinventer, à clarifier son projet politique et à affirmer son autonomie.
Résister, mais pour quoi faire ?
La résistance a toujours été une part de l’ADN du PDCI. Mais elle ne saurait être une fin en soi. Elle doit devenir un levier de refondation, un moteur de modernisation. Cela suppose de rompre avec les alliances de circonstance et de renouer avec une ligne claire, fidèle à l’histoire du parti mais tournée vers l’avenir.
Tidjane Thiam a voulu incarner le changement. Il lui revient désormais de démontrer que ce changement ne se fera pas au prix de l’effacement du PDCI. Le patron du PDCI a compris que la coalition avec le PPA-CI s’est transformée en une impasse stratégique, et s’il continuait, c’était tout l’édifice qui risquait de vaciller.
J P Oro

















