SOCIÉTÉ

Litige foncier à Locodjoro / Sur la base du faux, il tente de démolir un quartier

S’appuyant sur un ordre de mission en date du 06 octobre 2015 concernant exclusivement  le déguerpissement et la démolition des constructions anarchiques, sans titre de propriété et de permis de construire, signé par Mamadou Sanogo, ex-ministre de la Construction, du Logement, de l’Assainissement et de l’Urbanisme, Kegba Félix (62 ans), marin, a tenté de faire démolire, mardi 30 octobre 2018, le quartier Locodjoro extension 2 dans la commune d’Attécoubé. Plein champs sur un énième conflit foncier aux confins d’une tentative d’expropriation de terres par un individu vénal, imbu de sa personne.

Mardi 30 octobre 2018. Il est 10 heures au quartier Locodjoro Extension 2 dans la commune d’Attécoubé. Les honnêtes résidants se saignent aux quatre veines pour trouver le pain quotidien familial. Ils sont loin de se douter du coup de pied du nommé Kegba Félix dans leur fourmilière. Un dispositif impressionnant des agents de sécurité constitué de deux cargots du Groupe Mobile d’Intervention (GMI) somment les populations qui quitter les habitations sur le champ. Un huissier veille, sur le théâtre des opérations, à l’exécution de cette mission. Approché, il refuse de décliner son identité et de présenter son ordre de mission. Même son de cloche pour les agents des forces de l’ordre commis à cette tache. Ils usent pourtant de bombes à gaz lacrymogène et violent de surcroit les domiciles contrairement aux dispositifs de la Constitution ivoirienne en ses articles 8 et 11. Face à l’intransigeance des populations, l’huissier brandit son ordre de mission. Celui-ci date du 06 octobre 2015 et prévoit uniquement le déguerpissement et la démolition des constructions anarchiques sans titre de propriété et de permis de construire. Il s’en suit un soulèvement des résidants nullement concernés par cet ordre de mission retrograde. Les forces de l’ordre se heurtent à une réaction rageuse et rageante de ces habitants. Acculés, ils battent en retrait non sans promettre de revenir dans trois semaines. Par-dessus cette tentative de déguerpissement et de démolition stoppée par les résidants, ce conflit foncier n’est pas une émanation soudaine. Lucien Koutouan, président de la commission foncière de Locodjoro, revient sur l’historique du conflit.

Historique du conflit

De sources concordantes, ce conflit foncier a été enrichi et fécondé par un bicéphalisme à la tête de la génération Dougbô qui présidait aux destinées de Locodjoro. Du reste, pour Lucien Koutouan, président de la commission foncière de Locodjoro, la responsabilité de ce conflit incombe aux dévanciers qui dit-il, ont laissé un faquin tenir la dragée haute à tout un village en tentant de remorceller son lotissement. Il revèle avoir saisi le ministère de la Construction à l’époque. Toutefois, la tutelle, avoue-t-il, n’est pas exempte de tout reproche. « Au sein du ministère de la Construction, il y a des oiseaux de mauvaise augure qui recupèrent nos oppositions, les cachent pour ne pas que le ministre soit informé de cette affaire. », confie-t-il. Cette affaire, ajoute-t-il, les a conduits à la Justice qui a exigé de tout arrêter sur le terrain jusqu’à ce que le litige soit reglé définitivement. Il n’empêche, poursuit notre source, qu’au ministère, la direction des affaires juridiques a procédé à des partages de lots, s’octroyant 50 lots, attribuant 50 lots au dénommé Kegba Félix et 50 autres à une famille nommée Atchado pour un terrain de 287 lots. « Au départ du ministre Amon Tanoh, ils ont glissé une attestation de modification pour qu’il puisse signer. La signature n’est pas du ministre Amon Tanoh. Ce document dont ils attribuent la signature au ministre Amon Tanoh ne figure pas dans les archives du ministère de la construction. Kegba Félix se prévaut d’un faux document. », indique Lucien Koutouan. Par ailleurs, l’arrêté n°100001/MCUH/DHUE/DU/SDAF portant modification du plan de lotissement de Locodjoro, que brandit le sieur Kegba Félix ne porte nullement son nom. Mais plutôt celui du village de Locodjro. « La Justice a débouté Kegba Félix. Mais il y a beaucoup de choses qui se passent au ministère. Si vous n’êtes pas vigilants, vous allez perdre votre terrain. », rapporte Lucien Koutouan, présidant de la commission foncière à Locodjoro. Il précise que l’actuel ministère de la Construction soutient n’avoir envoyé personne à Locodjoro Extension 2 mardi 30 octobre 2018 d’autant que cet ordre de mission date de 2015 et n’a pas été actualisé. «Une plainte a été déposée contre le sieur Kegba Félix et ses acolytes. »,  annonce Lucien Koutouan.

Quant à Me Aby  Yobouet Jacques, président du collectif des propriétaires résidants, il retrace l’historique de ce conflit avec des documents à l’appui. Ainsi Kegba Félix, fils de Kegba Emile, dont le père avait des plantations sur la propriété du village de Locodjoro en 1975. Tous les propriétaires de plantations de Locodjoro, indemnisés par une structure de l’Etat, en vue de l’amenagement du site, Kegba Emile, ruse avec le village de Locodjoro par la complicité de son ami, l’ancien chef Akrandjro Laurent. Ainsi, le 25 mars 2005, dans un bureau du ministère de la construction, les deux hommes, suivi d’un faux géomètre et des figurants représantant le village de Locodjoro s’adonnent à un remorcellage puis à un partage équitable dudit village avec des agents du ministère. Le bicéphalisme règnant au sein de la génération Dougbô à la tête du village ne facilitant pas les choses. Sur consentement du chef Akrandjro Laurent, 50 lots sont délivrés à son ami Kegba Félix et 50 autres lots à la famille Atchado. Pourtant ces lots attribués appartiennent à plusieurs fils du village détenant des lettres ministérielles depuis 1982. Il s’en suit l’arreté N°10-0001/MCUH/DGUF/DU/SDAF portant modification du plan de lotissement de Locodjoro du 28 janvier 2010 dont la signature est attribuée au ministre Marcel Amon Tanoh. De ce fait, il existe un plan parallèle du village de Locodjoro. Une idée que refute le maire d’Attécoubé, Danho Paulin par arreté municipal N°26/C.AT/SG du 16 mars 2017 portant interdiction d’opérations de rebornage sur le territoire communal. « Sont interdites toutes opérations de rebornage sur tout le territoire communal jusqu’à nouvel ordre. Concernant le village de Locodjoro, l’arreté ministériel n°2599/MTPTCU/DCU du 1er août 1980 portant approbation du plan de lotissement de Locodjoro, paru au journal officiel de la République de Côte d’Ivoire, le jeudi 1er janvier 1981, reste la seule référence en vigueur en matière de lotissement dans ledit village. Tout contrevenant au présent arrêté sera passible de poursuites judiciaires et subira la rigueur de la loi. », précise le premier magistrat de la commune. « Alors que trois entités sont concernées par la question foncière, notamment la communauté villageoise, le ministère de la construction et le tribunal, des personnes qui n’appartiennent pas à ces structures parlent du foncier. Pis Kegba Félix convoque des personnes au commissariat du 37ème arrondissement pour des litiges fonciers. », s’étonne Me Aby Yobouet  Jacques.

Le chef Akrandjro Laurent à qui incombe cette vaste fumistérie sera destitué. Kegba Félix poursuit seul son coup de poker. « Il va dormir à la MACA (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan) » dixit Lucien Koutouan, président de la commission foncière de Locodjoro.

La réaction du mis en cause

Joint par téléphone, vendredi 02 novembre 2018, le mis en cause, Kegba Félix, nous a éructé d’injures, confirmant tout le bien et le profil que beaucoup font de lui. Celui d’un faquin loufoque pour lequel, le muscle fait office d’argument massue. « Vous n’avez rien à avoir dedans ! Ce sont mes terres, je les occuperai aujourd’hui ou demain. Je n’ai rien à foutre avec vous ! Vous me racrochez immédiatement ! Vous me dégagez rapidement ! », nous a-t-il descendu en flamme. « C’est tout lui ! Il est abonné aux injures. Il a été banni de son village, Abobodoumé pour cette affaire. Il prend ces douches dans les toilettes publiques. », font savoir nos sources quant à l’état psychique de l’accusé. A en juger par la qualité de cet homme susceptible d’initier une opération de déguerpissement et de démolition sur la base du faux et d’opérer un rebornage d’un village, il urge de se pencher sur la situation de Locodjoro avant qu’il mette en pratique sa promesse de mettre les forces de l’ordre et de sécurité aux trousses des résidants d’ici trois semaines.

Cyrille NAHIN

Ajouter un Commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire