POLITIQUE

Municipales 2018: Soro et Hamed Bakayoko croisent le fer à Abobo

Derrière la soudaine candidature de Hamed Bakayoko aux municipales à Abobo, commune d’Abidjan, se cache la guerre latente de clans pour la succession de Ouattara. Dans les lignes qui suivent, une approche analytique de cette bataille, selon toute ressemblance, orientée contre Guillaume Soro.

Face à la main obscure de Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale derrière le député Koné Téfour, aux municipales de décembre à Abobo, la direction du RDR, parti au pouvoir d’Abidjan, sort la grosse artillerie. Qui d’autre que le ministre d’Etat, ministre de la défense, le frère ennemi Hamed Bakayoko pour tenir tête à Guillaume Soro ? Ainsi, le RDR a balayé du revers de la main la candidature de Jeanne Peuhmond, député d’Abobo et premier adjoint à l’actuel maire Adama Toungara pour privillégier cette fumisterie : la désignation de Hamed Bakayoko qui n’était pourtant pas candidat. Jeanne Peuhmond n’avait pas l’étoffe pour ce combat de titans dans une commune aussi symbolique qu’Abobo, fief indiscutable du RDR.

Ouattara active le feu

Pompier piromane. Selon le confrère Jeune Afrique, Alassane Ouattara, au cours d’une rencontre secrète tenue lundi 14 mai dernier, a confié à Soro qu’il n’a nullement l’intention de briguer un troisième mandat. Par contre, il conditionne son départ par la cohésion entre ses trois sofas que sont Amadou Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko et Soro. Du reste, le chef de l’Etat semble souffler le chaud et le froid quant à cette guerre de tranchée à moins que ce ne soit lui qui tire les ficelles. La force regalienne attribuée à Hamed Bakayoko à travers sa nomination en qualité de ministre de la défense et la nomination des ex-chefs de guerre de Guillaume Soro, l’ex-chef rebelle est tout un symbole. Le régime d’Abidjan s’enrobe certes dans un discours diplomatique dans une ère de réconciliation des clans. Toutefois, chacun affûte ses armes pour saisir sa place lors du passage du témoin. L’enjeu de ces municipales prochaines pour ces camps rivaux semblent être l’appropiation des bases du parti telles que les communes d’Abobo et de Bouaké tout en se présentant comme celui qui repond aux aspirations du peuple. Pourtant, face à la pénurie d’eau en cours à Bouaké depuis plusieurs mois, le régime Ouattara recommande la prière.

Pour l’autre Côte d’Ivoire, celle de Laurent Gbagbo, ce pays n’est nullement un royaume oû le pouvoir se lègue à des héritiers. Une surprise venant de la Cour pénale internationale (CPI) après l’acquittement de Jean Pierre Bemba pourrait confondre le régime d’Abidjan dans ses calculs. D’ici là, l’ex-rebellion au pouvoir à Abidjan, pourrait manger, tel le dieu grecque Kronos, ses enfants non sans éclabousser le peuple ivoirien qui, visiblement, n’est pas encore sorti du creux de la vague.

Cyrille NAHIN