SOCIÉTÉ

Salon du chocolat de Paris : La Côte d’Ivoire défend ses initiatives contre le travail des enfants et la déforestation

Consacrée à la Côte d’Ivoire à la 25ème édition du Salon du chocolat à Paris, la journée du jeudi 31 octobre a été l’occasion pour les responsables de cette filière d’expliquer la stratégie ivoirienne en matière de lutte contre le travail des enfants et la déforestation.

Cela fait des années que le premier pays producteur mondial de cacao – 2 millions de tonnes par an – consacre d’énormes ressources pour lutter contre le travail des enfants et le phénomène de la déforestation, conséquence d’une agriculture extensible liée à la cacaoculture qui représente les 15 % du PIB.

Toutes ces initiatives ont été exposées lors d’un panel qui a réuni des responsables de la filière en l’occurrence le Conseil du café-cacao, l’organe de régulation, de stabilisation et de développement à l’occasion de cette journée dite « ivoirienne » du Salon du chocolat.

Sur le volet du travail des enfants, les intervenants ont expliqué que le gouvernement ivoirien et plusieurs d’autres acteurs nationaux et internationaux conjuguent leurs efforts pour endiguer un phénomène amplifié par la migration « sauvage » des populations en provenance des pays de l’hinterland -principalement du Burkina Faso et du Mali – attirées par les richesses agricoles des zones forestières de la Côte d’Ivoire.

Un Salon placé sous le parrainage de la Première Dame

D’ailleurs, c’est La Première Dame de Côte d’Ivoire, Mme Dominique Ouattara, qui a inauguré mardi soir, le 25ieme anniversaire du Salon du chocolat, dont elle est la marraine. La lutte contre le travail des enfants, elle en a fait son cheval de bataille. Elle préside d’ailleurs la principale structure nationale, le Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CNS) créé en 2011 par décret présidentiel.

Face à la menace d’embargo qui pèse sur le cacao ivoirien, les autorités ne lésinent pas sur les moyens comme en témoignent les montants. Des plans d’action sont

financés à coup de milliards de francs Cfa. Sur les périodes de 2012 à 2014 et 2015 à 2017, le gouvernement avait alloué respectivement un budget de 13,7 milliards de francs Cfa et 13 milliards. Ce budget a été multiplié par six et est passé à 76 milliards sur le troisième plan d’action de 2019-2021. L’objectif, bien entendu, étant d’« intensifier les efforts à travers la réduction des facteurs de vulnérabilité des enfants et de leurs familles, tels que la pauvreté et l’accès limité des communautés rurales aux infrastructures sociales de base. »

Au nombre des acteurs internationaux intervenant dans la filière cacao en Côte d’Ivoire, on citera le rôle fondamental joué par la Fondation Internationale cocoa initiative (ICI), dont la directrice pays en poste en Côte d’Ivoire, Euphrasie Gnigou, a indiqué que sa structure veille à « la protection de l’enfant dans les communautés cacaoyères. Elle s’emploie à assurer un avenir meilleur aux enfants et à leurs familles. » ICI qui accompagne l’effort du gouvernement ivoirien, a à son actif la construction d’écoles, de cantines scolaires et la prise en charge de milliers d’enfants en difficultés dans la cacaoculture.

Théoriquement, ces plans d’actions devraient permettre à la Côte d’Ivoire de se voir attribuer le label de « cacao propre » ou du moins de cacao dit « éthique » pour être dans les normes et en conformité avec par exemple le protocole de Harkin-Engel qui contraint « les industriels du cacao et du chocolat à mettre en œuvre des programmes spécifiques pour l’élimination du travail des enfants dans la chaîne d’approvisionnement du cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana. »

Selon les responsables de la filière, le tout aujourd’hui est d’avoir une traçabilité de la production made in Côte d’Ivoire. Pour une agriculture qui se modernise, il y a donc une nécessité de disposer de statistiques fiables, une cartographie des plantations et l’identification des acteurs de la filière, à commencer par les producteurs. Des dispositions qui auront pour avantage de faire respecter la réglementation et de situer les responsabilités.

Autre défi auquel le premier pays producteur mondial de cacao fait face, le phénomène de la déforestation liée à l’agriculture extensible et à l’infiltration des populations dans les forêts classées. Un ensemble de mesures ont été prises. C’est le cas du nouveau Code forestier pour protéger les parcs nationaux, les forêts classées et les domaines ruraux. Le gouvernement ivoirien consacre également de gros moyens pour financer notamment l’initiative cacao-forêt. Un montant de 126 milliards de francs Cfa y a été alloué.

Pour le recasement des populations installées dans les forêts classées, l’Etat y consacre la bagatelle somme de 616 milliards de francs. L’objectif à terme est de passer des 10 % de couverture forestière au double, soit 20 %. Une reforestation qui permettrait de reconquérir huit millions d’hectares de forêt en quelques années. A partir de 2020, la Côte d’Ivoire ambitionne de planter un million d’arbres par an. Ce qui représenterait environ 50 000 hectares de vergers.

La Rédaction