AFRIQUE & MONDE

Cameroun: libération du principal opposant du président, Maurice Kamto

Patron du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto était le principal rival de Paul Biya lors de la dernière présidentielle. Il était présent à l’audience le 5 octobre à Yaoundé.

Principal rival de Paul Biya lors de la dernière présidentielle, Maurice Kamto a été libéré de prison ce 5 octobre après neuf mois de détention. Avec ses partisans, il a quitté définitivement la prison centrale de la capitale Yaoundé sous une nuée de youyous, d’accolades et de chants de joie. Dès sa sortie, ses partisans ont littéralement explosé de joie. Il leur a répondu avec un grand sourire avant de monter dans la voiture d’un de ses avocats avec un de ses alliés, Christian Ekoka qui était également emprisonné. Le cortège s’est aussi ébranlé en direction de sa résidence dans la banlieue ouest de Yaoundé, suivi à pied par les militants enjoués.

Maurice Kamto et des dizaines d’opposants avaient comparu plus tôt dans la journée, en début d’après-midi, devant le tribunal militaire de Yaoundé, qui a ensuite déclaré l’abandon des poursuites. La veille, le président Biya avait annoncé dans un tweet l’arrêt des poursuites contre « certains » responsables de l’opposition, notamment ceux du MRC.

« C’est la victoire du peuple camerounais »

Leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), emprisonné depuis neuf mois, rival de Paul Biya à la présidentielle, Maurice Kamto et 90 personnes, comme Christian Ekoka, Albert Dzongang, maître Michèle Ndoki, ou encore le chanteur Valsero sont arrivés à 12h30 dans le tribunal militaire, accueillis dans une ambiance de fête par des chants, des cris de joie et des accolades. « C’est la victoire du peuple camerounais, ont crié des militants. La victoire des démocrates ».

Peu avant 13h, le commissaire du gouvernement qui représente le ministère public a pris la parole pour déclarer : « Nous avons des réquisitions spéciales, nous avons l’honneur de requérir l’arrêt des poursuites ». Aussitôt, les trois juges ont ordonné la remise en liberté des accusés. L’audience aura duré à peine une vingtaine de minutes.

Maurice Kamto et ses compagnons ont été reconduits à la prison principale pour remplir les formalités de levée d’écrou. « Ils vont sortir aujourd’hui, c’est sûr », s’est réjoui maître Sylvain Souop, coordinateur du Collectif des avocats de la défense. S’il salue ce geste du président Paul Biya, il estime que les opposants n’auraient jamais dû être arrêtés et encore moins rester en détention depuis fin janvier.

« Il est évident que c’est un geste d’apaisement, estime un autre avocat, Emmanuel Simh. Mais nous devons nous demander si c’était nécessaire que des personnes fassent neuf mois en prison pour avoir exprimé des droits qui sont reconnus par la loi camerounaise. Ils ont été arrêtés arbitrairement et leur place n’a jamais été en prison. Neuf mois en prison, ce sont des souffrances. On n’aurait peut-être jamais dû en arriver là ».

« Nous aurions préféré qu’ils n’aient jamais été arrêtés. Maintenant, ils sont libérés et c’est une bonne chose pour eux et pour l’apaisement dans ce pays », , ajoute Emmanuel Simh qui espère que les autres personnes encore prison pourront également être mises en liberté. Plus d’un millier de ses compatriotes anglophones sont encore emprisonnés et une soixantaine sont poursuivis.

Désormais « la balle est dans le camp de Kamto et des siens », prévient le ministre de la Communication, qui estime qu’ils doivent « arrêter cette espèce de théâtralisation qui n’a pas lieu d’être dans la mesure où ils contestent une situation incontestable, ils réclament une victoire qu’ils n’ont jamais gagnée. »

René-Emmanuel Sadi appelle à ce « que chacun revienne à la raison et que nos compatriotes se mobilisent pour que nous regardions tous dans la même direction et en sauvegardant ce qui est essentiel : la paix et la stabilité. »

Mais une question se pose désormais : le président camerounais va-t-il poursuivre dans cette voie en autorisant la libération du leader ambazonien Sisiku Ayuk Tabé, de Marafa Hamidou Yaya ou de Jean-Marie Atangana Mebara ? « Rien n’est impossible », répond le ministre. « Dans l’univers politique, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est pas demain, ce qui était erreur hier peut être vérité demain. Laissons à celui qui est en charge de présider à la destinée de notre pays d’apprécier en temps opportun les décisions qu’il a à prendre. »

Source: RFI