POLITIQUE

Côte d’Ivoire : Le député  »gifleur » déféré à la MACA et libéré après la mobilisation de ses collègues et de son parti

Yah Touré, député de Duékoué Sous-préfecture

Yah Touré, député élu sous la bannière du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle) mais issu du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié) a été mis en examen le lundi 29 janvier 2018, suite à une altercation avec une policière.

Les témoignages sont concordants. Vendredi 26 janvier, au feu tricolore d’un centre commercial de Cocody, habituellement embouteillé, une altercation a éclaté entre le député Yah Touré et une agent de police affectée à la circulation sur ces lieux. L’agent, sergent-chef de police, aurait affirmé avoir reçu une gifle, ce que le député a nié lors de sa déposition.

Le député a affirmé vouloir se rendre au chevet d’un malade et voulait de ce fait, doubler la file… L’altercation est survenue, selon le député, lorsqu’il se serait approché de l’agent – en vue de découvrir le nom de celle-ci, inscrit sur sa plaquette patronymique. L’agent l’aurait alors repoussé et appelé à l’aide, après avoir reçu une gifle. Les éclats de voix auraient alors attiré les passants. Le député serait ainsi remonté précipitamment dans son véhicule, pris d’assaut par la foule.

Après quelques minutes de troubles, le calme serait revenu quand les deux protagonistes auraient échangé leurs numéros de téléphone. L’incident semblait clos, mais le dimanche, vers 17h, le député a reçu à son domicile abidjanais, la visite d’un capitaine de police porteur d’une convocation de la préfecture de police.

Suite à son interrogatoire qui a débuté à 18h, dimanche soir, Yah Touré  a été placé en garde à vue. Ce lundi matin, il a été déféré devant le parquet du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau. À l’issue de son interrogatoire, le procureur l’a mis en examen pour « outrages » et « violences sur agent de police, dans l’exercice de ses fonctions ». Il devrait passer sa première nuit à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), en attendant son jugement prévu dans les quinze prochains jours.

Cette procédure de flagrant délit a été dénoncée par le bureau de l’Assemblée nationale, réuni en urgence dans la matinée. Dans une déclaration lue par Siki Blon Blaise, vice-président de l’Assemblée nationale, le parlement a exigé « la suspension de la poursuite du député en application des dispositions de l’article 92, alinéa 3 de la Constitution, et de l’article 45 alinéa 3 du règlement de l’Assemblée nationale », relative à l’immunité parlementaire du député.

Le parlement s’engage à saisir le Conseil constitutionnel
Le parlement dirigé par Guillaume Soro « s’engage à saisir le Conseil constitutionnel sur la procédure utilisée dans cette affaire qui porte manifestement atteinte aux droits des députés ».

Dans le même temps, plusieurs responsables de la Jeunesse du PDCI (JPDCI) ont été interpellés et placés en garde à vue par le tribunal du Plateau, pour « troubles à l’ordre public ». Une déclaration du secrétariat exécutif du PDCI est attendue.

Yah Touré (fils de Awa Touré, vice président du PDCI et compagnon d’Henri Konan Bédié, ndlr ) a été élu sous la bannière du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle) mais est issu du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié). Et cette affaire intervient dans un contexte de tension politique entre le PDCI et le Rassemblement des républicains (RDR d’Alassane Ouattara), à l’approche des élections municipales, régionales et sénatoriales dont la date n’est pas encore connue.

L’évolution de l’affaire

Le procureur de la République, Richard Adou a annoncé, lundi soir, la suspension des poursuites contre le député Yah Touré à la demande de l’Assemblée nationale. “On est obligé d’y accéder, on n’a pas le choix’’ a déclaré le procureur Richard Adou lors d’une conférence de presse. ‘’Il y a lieu de préciser qu’au terme de l’article 92 de la constitution, le député ne peut être arrêté et poursuivi sans l’autorisation du parlement qu’en cas de flagrant délit’’ . ‘’Dans le cas d’espèce, il s’agit bien d’un délit flagrant’’, a précisé le procureur Richard Adou, ajoutant que ‘’le député va rejoindre son domicile’’.

Peu avant, le Bureau de l’Assemblée nationale, réuni, à l’effet d’examiner l’arrestation du député Yah Touré, a dénoncé, une ‘’atteinte aux droits des députés’’ et s’est ‘’insurgé contre les tentatives d’humiliation de la représentation nationale’’ titulaire du pouvoir législatif. En conséquence, le bureau de l’Assemblée nationale a requis la ‘’suspension de la poursuite du député en application des dispositions de l’article 92 alinéa 3 de la Constitution et de l’article 45 alinéa 3 du règlement de l’Assemblée nationale’’ et s’est ‘’engagé à saisir le Conseil constitutionnel sur la procédure utilisée dans cette affaire qui porte manifestement atteinte aux droits des députés’’.

Dans une déclaration, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a demandé la ‘’libération immédiate du député Yah Touré ainsi que celle des deux présidents et des membres des Bureaux de la Jeunesse du PDCI (JPDCI Rurale et JPDCI Urbaine) et du photographe du quotidien Le Nouveau Réveil’’. Ces personnes avaient été arrêtées lundi matin au cours d’une manifestation qui tentait d’extraire le député du violon.

 

Sources : Jeune Afrique et APA