ÉCONOMIE

Dossier/ Affaire Mont Seghai : La vérité qu’on veut cacher (Ouest-Côte d’Ivoire)

Depuis quelques jours, une tension latente couve entre les populations des localités de Bangolo et Logoualé dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.

Au centre du mécontentement, la délimitation de la frontière entre Logoualé et Bangolo située à la lisière des monts Seghai et Totrô, des composantes de la chaîne de montagne qui part de Bangolo à Facobly et dominée côté Bangolo par le mont Gao et côté Facobly par le mont Klahoyo.

C’est une note du maire de Logoualé, Mme Badouel Jeannette sur sa page facebook le 6 septembre 2019, remerciant l’Etat ivoirien pour avoir tranché enfin le litige qui oppose Bangolo et Logoualé vieille de plusieurs années, qui a mis en colère les populations de Bangolo.

Rappel des faits

Après plusieurs rencontres des différents comités fonciers, dans le cadre de l’opération de délimitation des localités qui séparent les sous préfectures de Bangolo et de Logoualé, il a été décidé le 2 août 2018 par le corps préfectoral de confier la résolution de la crise aux élus et cadres des deux localités. « Mais tout de suite, ceux-ci ont donné de la voix pour inviter l’Etat ivoirien à prendre ses responsabilités en imposant des limites qui tiennent compte des données historiques ».

Enfin, si pour la partie Logoualé, le conflit tire sa raison des menaces d’expropriation des Guéré contre les paysans Yacouba dans la zone qui sépare les deux départements, pour la partie Bangolo, c’est bien l’exploitation des minerais contenus dans la chaîne de montagne située plus dans le département de Bangolo qui est la convoitise des yacouba.

La vérité qu’on veut cacher

Pour comprendre les dessous du conflit, Eventnews Tv revient ici sur deux projets majeurs dans le grand ouest : le Projet de Développement Minier Intégré de l’Ouest (PDMIO) et l’Université de Man.

Projet de Développement Minier Intégré de l’Ouest (PDMIO).

Le 4 juillet 2018 le Ministère de l’industrie et des mines a fait un point relatif à l’état d’exécution du Projet de Développement Minier Intégré de l’Ouest (PDMIO).

L’objectif du projet est selon la note de contribuer au désenclavement du grand ouest de la Côte d’Ivoire et accélérer le développement économique de la région par l’exploitation des gisements miniers et le développement des infrastructures d’accompagnement. Le projet comprend quatre composantes, à savoir le projet miniers du grand ouest ; la construction du chemin de fer Man – San Pedro ; la construction d’un terminal minéralier au Port Autonome de San Pedro et l’approvisionnement des projets miniers en énergie.

Aussi si chemin de fer porte sur un linéaire moyen d’environ 600 km pour un coût prévisionnel de 680 milliards de FCFA soit 1360 millions de dollars, l’exploitation des mines dans la zone, devrait rapporter gros à l’Etat ivoirien.

Ainsi pour un investissement de 1.900 milliards de FCFA, ce sont au total 3,2 milliards de tonnes de fer qui seront exploitées dans les monts Gao, Klahoyo et Tia.

Il faut aussi rappeler qu’en décembre 2007, la SODEMI et Tata Steel (société indienne d’exploitation minière) avaient signé un accord de partenariat pour la mise en valeur du gisement de Fer du Mont Gao en vue de la réalisation d’une étude de faisabilité. Mais, en 2017, Tata Steel s’est retirée du projet. Selon cette même note du ministère, la SODEMI est actuellement à la recherche d’un nouveau partenaire.

En outre, en avril 2012, la SODEMI et Pan African Minerals (PAM) ont conclu, un accord pour la mise en valeur du gisement de fer du Mont Klahoyo. Un permis de recherche minier a été attribué à PAM en mai 2012 dans le cadre d’un projet intégrée comprenant l’exploitation minière et la réalisation des infrastructures de transport.

L’Université de Man

Le grand ouest est connu pour ses nombreuses montagnes, sa végétation et son sous sol non encore exploité. Malgré ses potentialités économiques, l’ouest reste le parent pauvre du développement en Côte d’Ivoire avec un manque criard d’infrastructures de bases.

Profitant de la visite d’Etat du président Alassane Ouattara en 2012 à Man, les cadres de la région ont plaidé pour la construction de plusieurs infrastructures de développement, dont une université.

Seulement au lieu de construire cette université à Duekoué, porte d’entrée du grand ouest, le ministre Mabri Toikeusse, président du conseil régional du Tonkpi (région Dan qui partage le grand ouest avec le Guemon et le Cavally en pays Wê) profitera de sa position au sein du gouvernement pour en tirer profit.

Créée par décret 02015-776 du 9 décembre 2015, l’université de Man a ouvert ses portes depuis l’année académique 2016-2017. Elle comprend 4 unités de formation et de recherche (UFR) et 5 grandes écoles.

Elle est essentiellement orientée dans les domaines des sciences de la terre et de l’Atmosphère, des Mines, Energie, Métallurgie, Mécanique, Maintenance industrielle et les sciences des Matériaux.

On comprend ici qu’au-delà des cours et formation les ingénieurs de demain, il s’agit bien de valoriser le potentiel économique de la région. Mais pourquoi, si tel que le projet du ministre Mabri est de développer le grand ouest dans son ensemble, la seule délimitation des frontières entre Logoualé et Bangolo pose problème ?

« Qui dit exploitation des mines et construction d’un chemin de fer, dit dédommagement des populations riveraines, mais aussi développement des infrastructures socio-éducatives, construction de centre de santé, création d’emplois pour les jeunes. En un mot, modernisation de la zone concernée et donc amélioration des conditions de vie des populations » commente un cadre de la région.

Tidiane Houla

Ajouter un Commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire