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ÉCONOMIE

Eurobond : pourquoi la Côte d’Ivoire bouscule son calendrier

D’abord prévue pour le 9 juillet, puis pour la semaine dernière, le troisième émission d’eurobond ivoirien en douze mois, destinée à financer le déficit budgétaire, ne sera finalement pas programmée avant septembre. Explications.

Le 7 juillet, en conseil des ministres, le président ivoirien Alassane Ouattara, a souhaité programmer au 9 juillet une troisième sortie du pays sur les marchés internationaux en moins de douze mois.

Objectif : lever un milliard de dollars, pour faire face aux fortes tensions de trésorerie que connaît le pays depuis quelques mois, notamment du fait des performances mitigées de certaines régies financières, dans un contexte de double pression budgétaire, d’une part sur les dépenses de sécurité liée aux attaques terroristes dans le Nord et d’autre part, en lien avec la riposte contre la pandémie du coronavirus.

Difficultés

En outre, les appuis budgétaires sur lesquels tablaient le gouvernement – des aides de 283,6 milliards de francs CFA (432 millions d’euros), en provenance majoritairement de la Banque mondiale (150 milliards de F CFA) et de l’AFD (39,8 milliards de F CFA), ainsi que des emprunts pour un montant global de 858,1 milliards de F CFA, auprès notamment de la Banque mondiale (305,7 milliards de F CFA), d’Eximbank of China, de la Banque islamique de développement ou encore de la Banque africaine de développement – tombent au compte-gouttes.

De plus, la Côte d’Ivoire, qui n’est plus sous programme financier avec le Fonds monétaire international (FMI), n’a plus accès à son guichet. En mai, en marge du sommet sur le financement des économies africaines de l’Élysée, Alassane Ouattara avait reçu en audience Kristalina Georgieva, la patronne du FMI, pour des négociations. Le fonds a promis de décaisser 1 milliard de dollars pour aider la Côte d’Ivoire dans la relance économique post-Covid, mais ce financement reste assujetti à la conclusion d’un nouveau programme – un processus qui prendra plusieurs mois.

Lors d’une mission exploratoire du FMI en juin dernier, Yamoussoukro avait pu négocier la révision du déficit budgétaire – estimé 4,3 % en 2021 – pour le porter entre 5,5 et 5,8 % du PIB. C’est cette nouvelle donne qui permet à la Côte d’Ivoire de retourner sur le marché des capitaux, malgré la proximité avec les précédentes sorties – 707,5 milliards de F CFA avaient été levés en février et 1 milliard d’euros en novembre 2020.

« Précipitation »

Mais le calendrier serré initialement prévu ne sera pas respecté : après avoir tenté de repousser de quelques jours la sortie – pour la semaine du 12 au 16 juillet – celle-ci a finalement été reprogrammée au mois de septembre, sauf changement de dernière minute.

« Il y a eu un problème de coordination entre les services de l’État pour cet eurobond. Le budget 2021 [qui prévoyait de lever une dette de 1 999 milliards de F CFA dont 707,5 milliards F CFA en  devises et environ 1200 sur le marché régional de la BRVM] fait partie de la loi, il est difficile de prendre des décisions d’urgence et de les appliquer », juge une source proche du dossier, selon laquelle les services du ministère des Finances ont agi « dans la précipitation. »

« Le marché n’était pas bon au niveau d’intérêts concernant les maturités », explique de son côté une source gouvernementale contactée par Jeune Afrique. Rendus frileux par les variants du Covid-19, les marchés se montrent en effet moins favorables qu’il y a quelques mois concernant les titres ivoiriens, dont les rendements ont monté – renchérissant d’autant le coût de la dette.

Source : Jeune Afrique