AFRIQUE & MONDE

Le numérique peut-il vraiment sauver l’Afrique ?

Internet aurait-il le pouvoir de transformer l’Afrique ? Ces dernières années, l’irruption des nouvelles technologies a soulevé de grands espoirs pour l’avenir d’un continent dont 40 % des habitants vivent toujours sous le seuil de pauvreté. « La technologie et l’innovation sont centrales pour libérer le vaste potentiel de l’Afrique », déclarait ainsi, cet été, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

La transformation technologique a commencé à se matérialiser avec la diffusion rapide des téléphones mobiles au cours des quinze dernières années. En 2004, moins de 3 % des Africains disposaient d’une ligne de téléphonie fixe. Fin 2018, selon la GSMA, une association internationale d’opérateurs et de constructeurs de téléphones cellulaires, l’Afrique subsaharienne comptait 456 millions d’abonnés mobiles uniques, soit un taux de pénétration de 44 %. La croissance du marché y est plus forte que dans n’importe quelle autre région du monde. Et l’équipement en smartphones se développe à grande vitesse.

De nombreux services ont prospéré sur cette innovation. C’est le cas du paiement mobile, lancé en 2007 au Kenya et qui a, depuis, essaimé à travers le continent. Au point que l’Afrique détient aujourd’hui à elle seule près de la moitié des comptes de « mobile money » actifs dans le monde. Dans des domaines plus cruciaux comme l’éducation, la santé et l’énergie, les acteurs du développement misent beaucoup sur les avancées permises par le numérique. Au point, parfois, de nourrir la croyance en l’effet « leapfrog ». L’expression anglo-saxonne – littéralement « saut de grenouille » – décrit la façon dont l’innovation technologique pourrait permettre au continent de sauter certaines étapes du développement et de transformer les conditions de vie de sa population.

Pourtant, l’optimisme doit être nuancé, ne serait-ce que pour des questions d’accès au numérique. Manque de couverture réseau, coût élevé des abonnements, faiblesse des compétences alphabétiques indispensables à l’utilisation d’Internet… Les freins sont nombreux. Plus globalement, le déficit d’infrastructures physiques ne pourra jamais être compensé par le numérique uniquement. Construire des routes, des ponts, des voies ferrées et des centrales électriques doit demeurer une priorité, pour les gouvernements comme pour les bailleurs de fonds internationaux.

Le Monde Afrique réunit, vendredi 13 décembre, trois spécialistes de la transformation numérique du continent pour débattre de ce sujet crucial pour l’avenir de l’Afrique.

Source: Le Monde.fr