POLITIQUE

Politique Ivoirienne : Anaky Kobena demande à A Henriette Dagry Diabaté d’aller vite désarmer les paroles

Photo d'archive d'Anaky Kobenan, utilisée juste à titre d'illustration

Le president du MFA, Anaky Kobena a un message pour la présidente du RDRD, la grande chancelière Henriette Dagry Diabaté. Et c’est à travers une lettre ouverte qu’il a choisi de le faire. Lettre dont il nous a transmis copie et que nous vous la livrons dans son intégralité.

 

Lors d’une célébration publique, il Ya quelques jours, la Grande Chancelière, Mme Henriette Dagry Diabaté, a lancé, à l’ensemble de la Côte d’Ivoire, et surtout aux acteurs de sa vie publique et politique, un appel tout simple, qui constituera indiscutablement le grand message de ce début d’année 2019. Mme Diabaté s’est revêtue de ses attributs de mère et de gardienne des armes et des lois pour demander à tous, tous bords politiques confondus, de désormais « désarmer les paroles », comme recommandé par Aimé Césaire. Elle révèle et crie à tous les Ivoiriens qu’elle est peinée de ce qu’il y’a « trop de véhémence, trop de colère, trop d’agressivité dans les prises de paroles publiques ».

Merci Grande Sœur et Maman Henriette, et toute la Côte d’Ivoire va se lever avec nous et t’acclamer pour cette parole simple, limpide, presque banale même, mais qui commande tout, et dont l’observation ne coûte rien à qui que ce soit, et surtout ne retire rien de ce qui est vraiment le corps et l’esprit de toute communication.

Dans le magistère que te confèrent les fonctions de Grande Chancelière de l’ordre National, et en même temps ta légitimité de compter parmi les doyens des décideurs des partis politiques de Côte d’Ivoire, veuilles commencer ta longue, laborieuse, mais exaltante tâche de mise au pas et de rappel à la bonne et séante éducation de nous tous, aussi agités qu’indisciplinés, par le rappel à l’ordre et au bon ton de deux grands responsables, et de ce pays, et de ton parti politique le RHDP / RDR.

A / Tout d’abord, et à tout Seigneur tout honneur, il y’a le principal orateur de la cérémonie de présentation des vœux au Palais Présidentiel, le 7 Janvier dernier.

Après la revue d’ensemble traditionnelle ce haut magistrat s’est magnifiquement acquitté de son devoir de rassurer et apaiser tous les Ivoiriens en les invitant à ne nourrir aucune inquiétude quant au bon déroulement des élections à venir en 2020.
Mais, dans son élan, et dans une envolée certainement incontrôlée, il a cru nécessaire de conclure que « nul ne sera en mesure de troubler la paix qu’il a su établir tant qu’il sera à la tête de la Côte d’Ivoire ».

Cette chute, au lieu d’apaiser, évoque à l’inverse d’autres tableaux du passé de la Côte d’Ivoire, et dérange, incommode, et même terrorise.
Et justement, toi Grande Tantie Henriette, cela a dû te projeter en réminiscence certain discours guerrier tenu à l’Assemblée Nationale, en 1999, au moment où tu espérais qu’un désarmement des esprits et des cœurs t’ouvrirait les portes de la libération.
Oui, « tant que je serai à la tête de » est l’entame d’une déclaration agressive, sinon même guerrière.

La Côte d’Ivoire de 2019, celle qui va cheminer vers 2020 et les échéances historiques prévues à son terme, ne s’inscrit plus dans cette logique et ne veut plus de cela.

Elle demande juste que les élections soient organisées dans un contexte démocratique et inclusif, accepte de toutes les parties prenantes.
Oui, Maman Henriette, nous te remercions déjà de ce que tu sauras choisir de dire à ce grand fils qui fait ta fierté, et te recommandons de le tenir affectueusement mais fermement à l’œil.

B / Vient ensuite ce jeune, fringant et sémillant porte étendard de l’écurie du parti que tu diriges, et auquel une grande radio internationale a tendu son micro, le jeudi 17 Janvier, par rapport aux derniers développements du procès de Laurent Gbagbo et Blé Goudé à la CPI à la Haye, et à leur mise en liberté imminente.

Le sujet a fait montre de son habituel talent de communicateur inné, mais il lui a échappé, que la libération de Laurent Gbagbo, ancien chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, est un événement de portée mondiale, suivi du monde entier.

Il s’ensuit que tous seront automatiquement à l’affut de la réaction du Palais Présidentiel d’Abidjan, dont le locataire était partie prenante à la crise post-électorale.

Ce qui a conduit le journaliste à choisir la bonne personne ressource, à la fois un ministre en fonction, et un porte-parole du parti au pouvoir. Son message ne pouvait être que la voix du maitre du Palais.

Ici, chère Maman Henriette, ce n’est pas la parole formulée qui a choqué, mais la charge continue dans l’ensemble du propos.
Alors qu’après plus de 7 années passées en détention, à des milliers de kilomètres de son pays et des siens, il semble naturel et évident pour tous que Laurent Gbagbo regagne la Côte d’Ivoire dès lors que le tribunal l’a acquitté, ne voilà-t-il pas que le porte-parole du pouvoir à Abidjan assène, près de six fois, en dix minutes, que c’est le Président Ouattara et lui seul qui décidera des conditions et du temps du voyage retour de Gbagbo !

L’Interviewer, de toute évidence étonné et incrédule, a été jusqu’à forcer et reformuler en ces termes : « c’est-à-dire que la Côte d’Ivoire envisage aussi de donner son accord à Laurent Gbagbo pour un retour plus tard ? c’est cela ? »

Cette alerte n’a en rien perturbé le porte-parole du RHDP/RDR, qui a tranquillement continué sur sa lancée, assénant son pavé encore quatre fois !!!

Tantie Henriette, tu as forcement été mal à l’aise face devant ces menaces de ce chantage à peine voilés. Il est du reste à souhaiter que la pensée de l’orateur n’ait pas été aussi loin, car ce sujet pourrait devenir le plus mortifère pour la paix en notre pays en ce début d’année.
Gbagbo et Blé Goudé devraient revenir au pays selon leur bon vouloir, sans que cela soit à négocier !

Voici donc, chère Tantie Henriette, nous n’allons pas trop charger ta besace d’éducatrice, et nous nous en tiendrons pour l’heure à ces deux exemples phares et d’immédiate actualité, et qui s’imbriquent directement dans l’âme de ton message à la nation.

Il y a eu, ce week end, d’autres dérapages venus de quelques autres de ton écurie politique, mais nous sommes surs qu’à l’ouverture de certaine manifestation annoncée avec grand fracas, tu délivreras le même message à tous, comme à toute la Côte d’Ivoire.

La Côte d’Ivoire te regarde, te fait confiance et est à ton écoute. Elle sait que c’est la parole qui arme, que c’est la parole qui tue, mais en même temps que c’est la même parole qui donne vie et paix.

La Côte d’Ivoire souhaite bonne année 2019, santé et longévité à Henriette Dagry Biabaté !

Bien fraternellement

Fait à Abidjan, le 22 janvier 2019

Kobena I. Anaky                                                                                                                                                                                                                                      Président du MFA.