SOCIÉTÉ

Sauvons l’Ecole ivoirienne, pour sauver la Côte d’Ivoire Par Prof. BALOU BI

Par Prof. BALOU BI
Ancien Secrétaire Général de l’Université de Cocody
Ancien Président du Réseau Africain des Secrétaires Généraux des Universités Francophones

L’éducation n’est pas simplement neutre, car c’est la fonction religieuse d’une société qui produit les valeurs et les traditions de la culture et des institutions d’une nation. En effet, l’éducation forme l’esprit et le caractère d’une nation. Ainsi, pour dire comme Noah Webster, « le rôle de l’Education est plus important que prêcher l’Evangile et faire des lois car elle est la fondation des deux ».
En clair qui veut détruire une nation, s’attaque naturellement à son système éducatif. Ce qui se passe depuis quelques mois dans le milieu scolaire et universitaire en Côte d’Ivoire, ressemble bien à cette œuvre de destruction programmée par ceux qui ont mis Monsieur Alassane au pouvoir pour leur servir d’homme-lige et de bras armé ;une œuvre de déconstruction sociale de notre pays. C’est ce que nous allons démontrer à l’opinion et appeler à un sursaut des ivoiriens en vue de sauver notre école, et par conséquent notre société.

1- La formation des intellectuels ivoiriens, un héritage historique.

En effet, en même temps qu’il luttait pour ramener la Côte d’Ivoire à ses limites géographiques actuelles (ce qui fut obtenu par le biais de la loi française n° 47-1707 du 4 septembre 1947), le premier Président de notre pays, dès son entrée en politique en 1945, a envisagé la formation d’une élite intellectuelle capable de satisfaire les besoins de la future Côte d’Ivoire en ressources humaines nationales qualifiées. Il était d’ailleurs le seul à avoir, lors des élections de 1945, un programme de campagne, donc un projet de société, dans lequel se trouvaient inscrites en bonne place, entre autres, deux mesures : « Institution d’une colonie autonome de l’Empire Mossi, si le pays Mossi le demande…En attendant que des Lycées et autres collèges soient fonctionnels, des bourses sont octroyées pour la Métropole, à raison d’un boursier au moins par cercle à administratif à partir de 1946… » . Ce vœu se concrétisera par l’envoi, en vue de faire des études en France, le 22 octobre 1946, de 148 jeunes écoliers dont 13 filles et 135 garçons .

Malheureusement, cette politique sera ternie par la suite, par des actes arbitraires d’arrestations et d’emprisonnements, de nombreux cadres ivoiriens, dont plusieurs étaient sortis des universités françaises, lors ’’des complots’’ de 1959, 1961 et 1963 . La répression subie par les cadres ivoiriens, aura été largement inspirée par la France à travers le réseau Foccart, qui voyait en cette génération consciente un véritable obstacle à la perpétuation de sa main mise sur les richesses de notre pays.
Aujourd’hui comme hier, la France est encore à la manœuvre avec Alassane OUATTARA.

2- L’acharnement de Monsieur Alassane OUATTARA contre les intellectuels ivoiriens

Il importe de rappeler que l’acharnement de Monsieur Alassane OUATTARA sur le monde de l’Education en général et celui de l’Université en particulier ne date pas d’aujourd’hui. En effet, alors qu’il était Premier Ministre de Feu Félix Houphouët-Boigny (1990-1993), c’est son gouvernement qui est à l’origine de la loi de réforme du statut général de la fonction publique, ainsi que du décret subséquent qui a institué le salaire à « double vitesse » dans le monde de l’Education, le décret n°91-818 portant révision des échelles de traitement des corps du personnel enseignant et des corps du personnel de la recherche recrutés à compter l’année scolaire 1991. Au terme de ce décret, tous les enseignants (dans les trois ordres) recrutés à compter d’octobre 1991, touchaient, pour les mêmes charges et les mêmes qualifications que leurs devanciers, la moitié du solde de ceux-ci, une mesure totalement inique et même anticonstitutionnelle. Fort heureusement, l’abrogation de ce décret aura été l’un des premiers actes forts du gouvernement du Président Laurent GBAGBO. La crise née de l’élection présidentielle, a fini de nous convaincre que Monsieur Alassane Dramane OUATTARA a bel bien planifié le génocide intellectuel en Côte d’Ivoire pour installer son système. Jugez-en vous-même.

La destruction des structures universitaires

L’Université de Bouaké a été, dès le lendemain de la tentative du coup d’état du 19 septembre 2002, agressée par la rébellion armée ; ses locaux ont été attaqués et détruits, ses enseignants après avoir subi tous les traumatismes ont été contraints d’abandonner la ville de Bouaké. Elle a, depuis cette période, trouvé refuge à Abidjan, dans des locaux disséminés dans différents quartiers sur au moins 13 sites distants les uns des autres.
Les Universités d’Abobo-Adjamé et de Cocody vont subir le même sort, respectivement dans les mois de mars et avril 2011.
L’Université d’Abobo-Adjamé a été la première à être violemment attaquée dans le courant du mois de mars 2011 ; tout y a été détruit à coup d’obus et de roquettes. Elle était d’ailleurs pendant la dernière crise, une des bases de l’armée de Monsieur OUATTARA, appuyée par les soldats de l’ONUCI et ceux des forces françaises. Les premières cibles de ces actes de destruction étaient curieusement le service de la scolarité et le service informatique comme si l’on voulait volontairement effacer la mémoire de l’institution ; cela est d’ailleurs valable au niveau national où dans la plupart des régions, où les rebelles de Monsieur SORO Guillaume et OUATTARA ont détruit les préfectures et sous-préfectures avec toutes les archives.
L’Université de Cocody a été également le théâtre de la barbarie des forces de Monsieur Ouattara. En effet, les dozos, et autres ex-prisonniers toujours avec l’appui des mêmes soutiens ont bombardé à coup d’obus, les résidences des étudiants qu’ils considéraient comme le fief des miliciens de GBAGBO, faisant de nombreuses victimes qu’il faudra un jour ou l’autre comptabiliser ; ils sont allés jusqu’à achever les blessés sur les lits d’hôpitaux, principalement le Centre hospitalier universitaire de Cocody qui est mitoyen du campus universitaire.
Les amphithéâtres, les salles de cours, les laboratoires de recherche, l’administration (la présidence en tête), les bureaux des enseignants et des chercheurs…ont été éventrés, saccagés, pillés, sous les yeux amusés et complices des forces de l’ONUCI et l’armée française.

Le limogeage des présidents élus des universités

Depuis le mois de février 2012, le gouvernement de Monsieur OUATTARA a entrepris de nommer désormais les Présidents des Universités publiques, non sans avoir limogé ceux qui avaient été élus en 2010 et dont le mandat courrait, en violation des dispositions de la loi n° 95-696 du 7 septembre 1995 relative à l’enseignement et ses décrets d’application, disposant que les présidents des universités publiques de Côte d’Ivoire sont élus par des représentants – eux-mêmes élus – des enseignants et chercheurs, des étudiants, des personnels administratifs et techniques et des personnalités extérieures à l’université ; loi qui était le résultat d’une lutte engagée et gagnée, à l’époque, par les enseignants et chercheurs regroupés au sein du Syndicat National de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (SYNARES).
Il reste bien entendu que la nomination des présidents des universités ivoiriennes n’est pas la seule mesure de violation des lois de la République par Monsieur Alassane OUATTARA.

3- Que devient l’Ecole ivoirienne sous Ouattara aujourd’hui.

La gestion de la crise actuelle dans le système éducatif par le gouvernement de Monsieur Alassane Drame Ouattara, démontre bien qu’il est en mission commandée pour détruire notre nation en construction. Sinon comment comprendre ce déferlement de violences contre des enseignants et des étudiants qui revendiquent une amélioration de leurs conditions de vie et de travail, et qui sont bastonnés et jetés en prison comme de vulgaires bandits. Pendant ce temps, il rémunère à coup de millions, les soldats qui l’ont installé au pouvoir, chaque fois que ces bandits et autres mercenaires appelés pompeusement l’armée ivoirienne, se font entendre par coups de fusil interposé. Dans quel pays sommes-nous, où un Président d’Université, enseignant de son état peut publiquement inciter des étudiants à agresser ses propres collègues. Oui, Ouattara est bel et bien en train de dissoudre ce que Houphouët-Boigny a bâti avec d’illustres ministres de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique, tels les Ernest Boka, premier ivoirien nommé à la tête du Ministère de l’Education nationale (1957-1959), Amon Tanoh Lambert (1963-1970), Lorougnon Guédé (1971-1981), Akoto Yao (1972-1983), Saliou Touré (1991-1995), etc.. Là où l’on nous sert aujourd’hui des incultes tels la bien nommée Kandia Camara Kamissoko, l’indéboulonnable, qui a tissé une alliance avec les Ouattara, ou des carriéristes tels Albert Mabri Toikeuse, qui est plus préoccupé par sa carrière politique que les questions de l’Université.
Quel est ce pays où des bandits appelés microbes, sévissent impunément dans les quartiers d’Abidjan, agressant, tuant sous les yeux de la police et la gendarmerie de Monsieur Hamed Bakayoko, pendant que la marée chaussée bastonne, humilie et jette en prison, des élèves qui ne réclament que la réouverture des classes pour qu’ils puissent aller à l’Ecole.

4- Sauvons l’Ecole pour sauver la Côte d’Ivoire

Il y a trois fondements quoi révèlent l’importance stratégique de l’école, à savoir :
– un fondement socio-politique car l’école est un moyen de formation de la nation et de la citoyenneté,
– un fondement éthique, puisque l’école est de lieu de formation de l’homme à la prise de conscience de sa responsabilité dans le fonctionnement de la société et du développement de son pays,
– un fondement socio-économique parce que l’école est aussi un moyen de transformation de la société, et donc un vecteur indispensable du développement économique et social du pays.
Or donc, c’est à ces fondement que Monsieur Alassane Ouattara et ses mandants se sont attaqués. Parce qu’il ne faut jamais oublier, que dans l’histoire de nos pays qui ont été colonisés, l’attitude du colon est toujours empreinte d’un instinct de mépris pour l’Africain, de racisme, un complexe de colons qui n’ont du reste jamais caché leur hostilité à l’éducation des noirs et à leur émancipation »3 (cf Dr Philippe K. Cowpli-Boni ‘’Les compagnons de l’aventure 46’’ Novembre 2009 p.12). On ne peut donc s’étonner qu’ils refusent de reconnaître que l’Africain est aussi intelligent que l’Européen.

C’est donc ici que le pays nous appelle, ce pays pour lequel nous devons nous lever maintenant. Ce pays que nos devanciers ont bâti dans la sœur et dans le sang, et que nous avons l’impérieux devoir de transmettre à ceux qui nous suivent.
Oui nous devons mettre fin à cette dérive et cette imposture. Plus qu’un devoir c’est aussi une question d’honneur, et comme le dit Lucien Lefebvre « L’honneur, c’est d’abord un refus, un refus de pactiser avec ce qui est laid, bas vulgaire, intéressé, non gratuit, un refus de s’incliner devant la force parce qu’elle est la force ; devant la paix parce qu’elle est la paix ; devant le bonheur parce qu’il est le bonheur.
C’est un respect exigeant et toujours inquiet de soi-même, un grand sens de la beauté, de sa vie, porté jusqu’à la plus pure élévation, jusqu’à la passion la plus ardente.
L’honneur c’est la force d’action, et une force qui s’affirme dans l’action et non la spéculation. L’honneur engage l’homme dans l’action. Il l’engage tout de suite, totalement, sans tergiversation. L’honneur n’attend pas ; l’honneur n’hésite pas. ».
Parce qu’au fond, si nul n’est obligé d’être un héros, il n’y a pas de fatalité à être un lâche. Alors ivoiriens, parents d’élèves, ne soyons pas lâches, sauvons notre école, sauvons notre pays.

Par Prof. BALOU BI

 

1- Noah Webster, Père de l’Education chrétienne américaine, 1789
2- Jacques Baulin, ‘’La politique intérieure d’HOUPHOUET-BOIGNY’’ Editions Eurafor-Press 1982, Annexe IV pp.181-182
3- Dr Philippe K. COWPLI-BONI ‘’Les compagnons de l’aventure 46’’Novembre2009,p.16).
4-SAMBA Diarra, ‘’Les faux complots d’HOUPHOUET-BOIGNY, Fracture dans le destin d’une nation’’ Editions Karthala, 1997