SOCIÉTÉ

Université FHB d’Abidjan/ Affaire ‘‘heures complementaires’’ Abou Karamoko sur la sellette

Une semaine qu’une grêve est observée à l’université Félix Houphouet Boigny d’Abidjan en raison de la délicate question des heures complémentaires. Professeur Abou Karamako, président de ladite université, est voué aux gémonies pour avoir changé de façon unilatérale le mode de calcul de ces heures. Plein champs sur ce point d’achoppement dans une université pavée de grèves dont celle en cours, du mouvement estudiantin, FESCI, relative aux frais annexes d’inscription.

La fronde contre le professeur Abou Karamoko se cristallise. Une montée d’adrénaline qui s’explique par le changement brusque du mode de calcul des heures complémentaires au détriment des enseignants tandis que le président de l’université FHB d’Abidjan se vante de faire une économie de 4 milliards Frs Cfa (2015-2016). D’emblée les heures complémentaires constituent les heures additionnelles de cours dispensés par un enseignant en dehors des 200 heures annuelles reglémentaires qu’il doit à l’Etat ivoirien. Dans les lignes qui suivent le mode de calcul de ces heures complémentaires conformément à la tradition de cette université.

Mode de calcul des heures complémentaires

L’université FHB d’Abidjan a, de tous temps, admis que 30 étudiants s’avèrent raisonnables pour constituer un groupe de Travaux Dirigés (TD) tandis que les Cours Magistraux (CM) accueillent tout l’effectif du niveau dans un amphithéâtre. Ainsi, le mode de calcul des heures complémentaires s’établit comme suit : soit 1000 étudiants en première année. Ce chiffre est divisé par 30 pour obtenir le nombre de groupe de TD (33). Le chiffre obtenu est multiplé par le volume horaire des TD. Soit 15 heures pour un enseignant qui a 25 heures de cours dont 10 heures de CM (495). L’enseignant de rang B (assistant, maître assistant) qui a 10 heures de CM multiplie ce chiffre par 1,6 tandis que celui de rang A (maître de conférences, professeur titulaire) multiplie 10 par 0,8. Précisons que les CM ne tiennent pas compte du nombre d’étudiants inscrits. Ces deux calculs additionnés se font pour chaque niveau (L1, L2, L3, Master, doctorat) et en fonction des effectifs pour obtenir le volume horaire annuel de l’enseignant auxquel il soustrait les 200 heures réglementaires qu’il doit à l’Etat ivoirien. A titre d’exemple, 1000 heures moins 200. Il obtient 800 heures qu’il multiplie par 5500 Frs Cfa pour les enseignants de rang B et 6500 Frs Cfa pour les enseignants de rang A. Soit 4 millions 400 mille Frs Cfa pour l’un et 5 millions 200 mille Frs Cfa pour l’autre. Ohouo Assépo, Téa Gokou, Aké N’gbo, Ly Ramata, se sont succédé à la présidence de cette université sans toucher ce mode de calcul d’un iota. Seul le professeur Abou Karamoko qui a, pourtant jouit de ce mode de calcul en sa qualité d’enseignant, a jugé utile de le changer de façon brutale.

Le coup de pied de Abou Karamoko dans la fourmillière des enseignants

A peine le Professeur Abou KARAMOKO prend fonction vendredi 22 juillet 2016 à la présidence de l’université, suite à sa nomination deux jours plutôt, en conseil de ministres, son équipe et lui changent le mode de calcul des heures complémentatires de façon unilatérale. Nul besoin d’un texte de loi pour régir ce changement. 2015-2016 (année acédémique), il s’appuie sur le fallacieux prétexte des étudiants inscrits tout en sachant que les étudiants ne s’inscrivent pas à temps à l’université de Cocody. Les enseignants, comme à l’accoutumée, s’adonnent à leur devoir, dispensent les cours aux étudiants, 1000 en première année pour certains départements. Pendant ce temps, l’argument du président de l’université relatif au nombre d’étudiants inscrits en vue du paiement des heures complémentaires s’avère éfficace pour réduire ces heures de façon drastique, soit de moitié, soit au tiers. Pourtant l’université est dotée d’un budget et le paiement des heures complémentaires relève de la compétence du Trésor public. Toutefois, pendant l’année académique 2016-2017, une campagne de sensibilisation est menée auprès des étudiants en vue de s’inscrire dans les délais. Ces derniers s’exécutent. Aux termes de l’année académique 2016-2017, Abou Karamoko change son fusil d’épaule et demande, cette fois-ci aux enseignants de justifier l’effectivité des TD par groupes de 30 étudiants. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La réalité est que les infrastructures ne suffisent pas pour faire des TD par groupes de 30 malgré la renovation de l’université de Cocody à hauteur de 110 milliards Frs Cfa par l’actuel régime d’Abidjan. Ce n’est un secret pour personne, aucun batiment n’est sorti de terre. Pas de salle. L’Etat oriente en moyenne 500 étudiants dans des départements auxquels s’ajoutent les réorientations de certains étudiants. Du coup, les éffectifs sont plétoriques : 1000 étudiants en Licence 1, 800 en Licence 2 et ainsi de suite. L’insuffisance de salles contraint donc les enseignants à dispenser les TD dans les amphithéâtres. En ce qui relève du calcul des heures, ils s’en tiennent au mode bien connu, celui expliqué plus haut. « Si on devait respecter le principe de 30 étudiants pour un groupe de TD, ces cours pourraient durer une  année en raison du manque d’infrastructures. », explique un enseignant arguant que cela est compensé par les travaux de groupe et autres exposés. Au département de sciences économiques par exemple, les enseignants regroupent les étudiants par groupe de 60 pour les TD, ajoute cette source, mais ils suivent le même mode de calcul qui consiste à diviser l’effectif total par 30. Une adaptation que refuse le président de l’université. Et ce, malgré les nombreux efforts consentis par les enseignants qui ne menagent aucun effort pour parcourir les 200 hectares de l’université FHB d’Abidjan, voire l’extérieur (INSAAC à la cité des arts, UFR pharmacie, medecine, ISTC) pour dispenser les cours. Ils s’égosillent dans ses amphithéâtres car l’université ne leur fournit pas de micro. Par ailleurs, Abou Karamoko attend la fin de l’année pour exiger aux enseignants la justification des heures de TD.

Une économie de 4 milliards Frs Cfa

De sources concordantes, Abou Karamoko se vante d’avoir réalisé une économie de 4 milliards Frs Cfa au cours de l’année académique 2015-2016. Quelle est l’origine de ces fonds et à quoi servent-ils ? La question taraude les esprits. Selon une source bien introduite, l’heure n’est pas aux déclarations en raison des braises ardentes qui couvent sous la cendre chaude. Mais plutôt aux négociations. A l’en croire, la seconde option qui consiste à communiquer après l’adversaire reste la plus efficace. Une sortie enrobée dans un discours diplomatique qui traduit une réalité implacable. Nous y reviendrons. Il se dégage de ce dossier un mépris à l’égard des enseignants accusés à tort ou à raison d’augmenter de façon délibérée les heures complémentaires. Le calcul se fait pourtant en accord avec les services de la présidence de l’université. Pour l’heure, la grêve bat son plein à l’université FHB d’Abidjan. Le professeur Abou Karamoko s’est embourbé dans un étau. Un os dans sa gorge dont il se serait bien passé. Quant aux enseignants, ils sont déterminés à obtenir les fruits de leurs labeurs. Un bras de fer dont les seules victimes sont les étudiants.

Cyrille NAHIN