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POLITIQUE

La forte pensée de Soro au président Henry Konan Bédié

Ce matin, réveillé fort tôt, je ne sais ce qui me pousse à penser au Président Henri Konan Bédié. J’ai ressenti un désir profond de m’exprimer sur ce qu’il m’inspire. Une très forte pensée pour lui. Il m’arrive quelquefois, comme ça dans ma vie, qu’à mon réveil et aux premières heures, quelques inspirations me viennent. Alors je saisis un stylo et je griffonne quelques phrases en vrac. Et aujourd’hui curieusement, c’est au Président Henri Konan Bédié que je pense. Il me manque et je ne saurais dire pourquoi. En effet, tout ne s’explique pas en ce monde ici-bas m’a-t-on dit. Avec nostalgie, je médite profondément sur ma relation avec lui. Comment l’ai-je connu et comment nos relations se sont-elles au fur et à mesure améliorées, que dis-je bonifiées ? Cela mérite d’être dit, afin que les générations nouvelles en prennent de la graine. Je pense que le Président Bédié est un homme d’Etat fort incompris par bon nombre puisqu’il parle peu et ne juge peut- être pas nécessaire d’en faire trop. Avare de mots, mais profond dans la moindre de ses sorties publiques, on ne l’appelle pas par hasard le Sphinx de Daoukro, car c’est un homme qui parle pour marquer l’archive et non pour distraire la galerie.
Soyons honnêtes. Les débuts de ma relation au Président Bédié ne furent pas faciles. Pas bonnes. Oui, j’ai été jeune étudiant, engagé dans le mouvement contestataire national pour la fondation d’un véritable pluralisme politique en Côte d’Ivoire. Au début des années 90 et notamment après l’arrivée effective du Président Bédié au pouvoir en décembre 1993, j’étais opposé à son régime, en ma qualité de cadre dirigeant de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). Ahipeaud Martial-Joseph en était alors le Secrétaire Général. Henri Konan Bédié se voulait ferme après des années de troubles dans le pays. Souvenez-vous des terribles années 1989-1992 avec la grande répression qui s’abattait sur l’opposition, sous la férule du seul premier ministre (Alassane Ouattara) du Président Houphouët-Boigny déjà fort âgé et éloigné de l’exercice effectif du pouvoir du fait de la maladie.
Succédant au Président Houphouët, le Président Bédié voulait redonner à la Côte d’Ivoire un dynamisme nouveau. Il voulait lui donner des fondements raffermis, en faisant autant face à la crise économique qui persistait malgré les recettes annoncées du technocrate venu du FMI et de la Banque Mondiale, qui avait promis aux Ivoiriens le paradis alors même que l’enfer du quotidien persistait. Qui dans la posture de lutte de l’étudiant que j’étais pouvait le comprendre ? On ne pouvait pas appréhender les efforts de Bédié dans un tel contexte d’exaspération. Alors jeunes étudiants, nous étions rebelles aux réformes. Et de temps en temps le Président Bédié nous donnait quelques kokotas (petites taloches) pas bien méchants. Si c’était de nos jours, sous le régime actuel venu de la Banque Mondiale et du FMI que nous manifestions comme sous le régime Bédié, peut-être que ce sont les archéologues qui se chargeraient de retrouver nos restes pour nous faire une sépulture.
En réalité, le Président Bédié était très mesuré dans l’usage du pouvoir d’Etat contre ses adversaires, quand on compare les choses des années 1993-1999 à celles des années 1990-1993 ou 2010-2021.
Bien sûr, personne ne peut oublier l’arrestation de la direction du RDR d’Alassane Ouattara en 1999, mais est-elle comparable aux nombreuses exactions subies par l’opposition en 90-92, ou aux arrestations et morts et autres exils subis par Laurent Gbagbo et toute l’opposition ivoirienne depuis le retour de Ouattara au pouvoir ? Je pourrais inviter chaque citoyen à faire par lui-même le décompte macabre ! Quel opposant n’a-t-il pas fait les frais du courroux de l’actuel régime et que dire des citoyens lambdas ? Le Président Bédié limogea même un de ses ministres pour excès de violence, alors qu’aujourd’hui, un ministre félicité, c’est celui qui se montre le plus zélé dans la brutalité, dans les tueries, les atteintes aux mœurs, les mensonges publics, la création de milices et la décapitation de citoyens.
Quand je vois la féroce traque qui est lancée contre moi depuis quelques années, il n’y a aucune mesure avec les kokotas que Bédié nous donnait ! On n’en mourrait pas ! Alors qu’aujourd’hui les tombes et les prisons sont pleines des victimes de la répression du régime, dans l’indifférence totale du principal responsable ! Je ne sais pas si les leaders de l’opposition des années 90 feraient le même diagnostic que moi. Je pense notamment au professeur Bamba Moriféré, au professeur Francis Wodié, à Anaky Kobenan, au feu professeur Bernard Zadi Zaourou et même au Président Laurent Gbagbo. J’en oublie sûrement.
En réalité, je devais découvrir progressivement la personnalité profonde du Sphinx de Daoukro. Que les temps ont changé ! J’ai politiquement et humainement grandi et chemin faisant, mes relations avec Henri Konan Bédié ont évolué. En effet, pour connaître un homme, il faut s’efforcer de s’imprégner de sa dimension et de son niveau vibratoire. Quand encore l’exil n’était pas mon quotidien, il m’arrivait d’appeler le Président Bédié et de lui dire que je voulais le visiter et être son hôte de vacances. Ce qu’il acceptait volontiers. C’est dans ces circonstances-là que j’entrai dans la sympathie de l’homme. Notre relation avait évolué du duel entre le jeune étudiant contestataire et le président en exercice d’un régime de longue durée au pouvoir, à une posture de partenaires engagés dans la construction de l’Etat de droit et de la démocratie en Côte d’Ivoire, de compagnons de la quête de paix et d’union dans notre pays.
Je commençais à me poser enfin les bonnes questions sur l’homme : Est-ce que la dureté et l’inexpressivité apparentes qui se lisent sur son visage sont dues à la fermeté et à l’impassibilité que doit avoir un roi BAOULÉ ? Je découvris qu’il avait l’art des formes du pouvoir et ne badinait jamais avec le protocole d’Etat, ce qui constituait comme la première barrière difficile à franchir vers sa personnalité profonde. Il fallait donc avoir la patience de l’observer et de l’écouter pour découvrir l’humain dense et vibrant qui se drapait dans ce protocole quasi spartiate de l’Etat et des apparences du pouvoir.
On reproche encore aujourd’hui au Président Bédié, la fameuse politisation du concept de l’ivoirité. Et longtemps on lui reprochera son manque de vigilance sur ce concept qui est parti en vrilles. Moi personnellement je reproche au Président Bédié de ne pas écrire de livre sur la question pour grand public, comme il a tenté de me l’expliquer en marge des négociations de Marcoussis en 2003. Il avait pris le temps de m’expliquer le parallèle qu’il faisait avec la négritude ou l’africanité pour évoquer la civilisation négro-africaine multimillénaire. Il est temps qu’il écrive sa pensée d’alors, fort travestie par la propagande comme il l’affirme lui-même. On l’entendra peut-être mieux avec du recul.
Ce que je lui reproche en outre, c’est d’avoir donné de lui l’image d’un homme assez distant, le visage trop sévère ou austère, en somme de sembler ne pas être trop près des gens. Peut-être pense-t-il que le pouvoir doit être ainsi représenté ? Je peux me tromper. Est-ce un trait de caractère où l’habit de la fonction, telle qu’on la percevait de son temps ?
Disons-nous les vérités. Enfin on lui reproche d’être dit-on plutôt près de ses sous, comme Harpagon, l’avare de Molière. Mais envers moi et par acquis d’honnêteté je me dois de le dire, le Président Bédié a été généreux. Je n’oublierai pas qu’il me remit une bonne somme pour les obsèques de mon cousin Sanogo Lamine.
A ce propos permettez-moi une anecdote. Un jour, parlant d’argent, il me fit d’ailleurs une observation : « Les gens disent que zéro n’est rien, zéro n’est rien. Mais, pourtant, plusieurs zéros derrière n’importe quel autre nombre en commençant par le nombre 1 ça peut faire de plus en plus beaucoup de milliards. Donc même zéro n’est pas rien. Il faut savoir bien utiliser et bien partager l’argent, à bon escient. » Nous en avions ensemble rigolé. C’était une leçon. Une invite à la bonne gestion si je devais lire entre les lignes.
En vérité, le Président Bédié qui m’a autorisé sa proximité est un homme plutôt sympathique et bon.
Les jours, mois et années passés auprès du Président Bédié ont en tout cas révolutionné ma perception initiale de sa personnalité.
Je découvris à l’occasion de nos rencontres privées un homme plutôt bon, qui aime profondément son pays, un vrai patriote. Contrairement à ce qui est répandu par la propagande de ses adversaires, j’ai trouvé un homme d’une grande intelligence et surtout de grande culture. Pas une mentalité de caissier marchand. Ce n’est pas à mes 49 ans que je vais tomber dans la flavour. Les Ivoiriennes et les Ivoiriens connaissent son français soutenu, chatoyant et flamboyant des grands jours, avec ses mots rares frappant nos esprits. Au point où, un jour je lui posai la question : « Comment apprendre à excellemment parler français et avoir le sens de la formule comme toi, Président ? » Fort aise, comme satisfait de la relation du maître à élève qui s’instaurait, il me donna pour toute réponse : « Il faut lire les grands classiques ».
Et c’était déjà beaucoup, car Henri Konan Bédié est très taciturne en ce qui concerne les choses de l’Etat, mais en privé il peut être plus enjoué que vous ne le croyez.
Alors, un autre jour que j’étais son hôte et qu’il me proposait un cigare pour fumer, je fis poliment un « non » de refus de la tête, surpris qu’il me propose de fumer alors que je ne l’avais jamais fait. Je considérais qu’il serait malséant et impoli de fumer un cigare devant un homme d’Etat et dont le dernier fils est un aîné. J’étais gêné. Il me regarda et esquissa un sourire, son cigare en coin à la bouche. Alors, il me dit ceci « Pourquoi hésites-tu ? ». De guerre lasse devant l’insistance du doyen, Je finis par prendre le cigare tout en ne sachant pas comment le fumer. Or c’est tout un art. Et le Président Bédié entreprit de me l’enseigner. Il coupa lui-même mon cigare, sortit son briquet et me le tendit. Maladroitement, j’échouai à l’allumer. Il me confia qu’il fallait l’allumer avec délicatesse comme si on séduisait une jeune dame et enfin qu’il fallait savourer la senteur buccale du palais. Je dois avouer que pour le premier cigare, j’étais à la peine. Voyant mon trouble, le Président Bédié me conseilla de m’y prendre plus calmement et élégamment, chaque fois que je le pourrais. Il me fit offrir des cigares par les mains d’un collaborateur que je ne veux pas embarrasser aujourd’hui, surtout que l’évocation de mon seul nom provoque des crises d’urticaire chez certains.
Je disais donc que le Président Bédié m’offrit mon premier coffret de cigares et il insista pour me passer le message suivant, selon lui crucial. Pour mémoire, nous étions au milieu de la résistance des années 2000 : « Donnez ce coffret de cigare de ma part à Soro. C’est mon cadeau, mais dites- lui que s’il veut le fumer qu’il le fasse quand il sera tout seul, sinon on dira de lui qu’il s’est embourgeoisé !»
Quand la commission fut faite, je partis d’un éclat de rire dont je me souviens encore ! Qu’est-ce que Bédié est intéressant ! De cigares j’eus des amis de compagnie, notamment Roger Banchi avec qui de temps en temps nous nous retrouvions autour d’un petit verre et d’un cigare que nous fumions. Roger, lui le fumait je pense, avec plus d’élégance que moi. Je n’ai jamais su qui l’avait formé. Quant à moi, je viens de vous le dire, c’est le Président Bédié qui m’a formé. Roger était plus élégant que moi, peut-être parce que je l’ai appris de la vieille école ? Je n’en sais rien puisque je ne connais pas son formateur. Dans ce genre de choses on ne pose pas trop de questions. On apprécie mieux les saveurs de la vie en ne troublant pas la quiétude de ses semblables. Mon anecdote sur le cigare n’est nullement une invite à imitation car fumer le cigare est dangereux pour la santé. Mais c’est un pan d’histoire et un brin d’intimité que je me plais à raconter. Il s’y cache la subtile sagesse de la dégustation patiente de la vie, à mon humble avis.
Je prie pour le président Bédié pour que le destin qu’il mérite lui revienne et surtout pour que la bonté de l’homme qu’il est soit un jour reconnue par notre peuple et gravée dans l’Histoire. Et de retenir que n’arrive à l’homme que ce que Dieu permet.
Il est l’homme politique ivoirien qui aura accepté d’être déchu par coup d’Etat et surtout qui a eu la force de pardonner à tous ceux qui lui ont fait tort, qui lui ont fait un putsch et dont il pouvait exiger qu’ils soient jugés et condamnés à perpétuité.
Pour la Côte d’Ivoire, il a consenti le sacrifice du pardon et de la réconciliation vrais, nous montrant un chemin de grandeur que nous devons imiter, dans l’amour de la vérité, de la justice et de la prospérité de notre pays !
Oui, le Président Bédié à qui le pire fut fait, a su et pu pardonner.
En homme sage, il s’en est remis à Dieu. Que le Seul Vrai Souverain, Dieu le Tout-Puissant, le protège ! Je lui souhaite d’avoir à gagner son dernier combat pour la réconciliation des fils et filles du pays.
Quant à moi l’exilé contraint, j’ai compris que mon égo n’a pas sa place et je ne veux m’imposer en rien. Je ne demande rien. Je porterai La Croix de mon exil aussi longtemps qu’il le faudra. J’aurai la patience du croyant car il sera fait selon la seule volonté de Dieu.
Paix sur la Côte d’Ivoire. Je vous aime.
Depuis ma terre d’exil, ce dimanche 3 octobre 2021
Guillaume Kigbafori SORO.

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