AFRIQUE & MONDE

L’Afrique d’Après… soulager la misère du monde !

« Des signaux positifs du rééquilibrage de relation de l’Afrique au monde, nous viennent de la diplomatie et de la finance internationale »

Analyste politique et critique d’art, Franck Hermann Ekra est co-coordinateur de la nouvelle initiative « l’Afrique d’Après ».

L’effondrement progressif des certitudes sur lesquelles le monde reposait avant la propagation de la pandémie, nous confronte à une situation inédite depuis la création du système des nations inspiré par l’Europe westphalienne, celle qui enfanta la classification, la catégorisation, la maîtrise des outils de la production industrielle. La gestion de la crise ravive le conflit d’interprétation entre deux modèles : l’un, démocratique, pluraliste et libertaire, l’autre autoritaire, disciplinaire et commercialement néo-libéral. Deux modèles de surproduction aux effets collatéraux destructeurs pour la planète.

Cantonné jusqu’hier dans l’inconfort d’une logique d’assistanat, l’Afrique est, plus que les autres, contrainte à réaliser les mutations de la carte mentale du planisphère. Soit un moment de reconfiguration des équilibres mondiaux, à l’échelle de la condition humaine.

De l’Atlantique à la Mer des Indes, de la Méditerranée et de la Mer Rouge au Golfe d’Aden et au Cap de Bonne Espérance, notre destin géographique est enchâssé. Nous avons conscience de la nécessité de prendre solidairement dans ce magma, comme dans l’accompagnement de la sortie de l’impasse écologique et sanitaire, notre part de la misère du monde !

À rebours du mouvement insulaire des puissances et de la tendance au repli entre-soi, dans un périmètre de confinement de la pensée et de l’agir-créatif, il est temps pour notre Continent de décloisonner, de faire lever au grand jour le germe de sa féconde vitalité.

Ouvrir ensemble avec confiance cette fenêtre d’opportunité sur l’inventivité, l’éclosion des savoirs et l’action collective, à partir de l’entrelacs de nos nano expériences de la vie, de la mal-vie, de la survie, augmentera inéluctablement notre capacité à faire preuve de résilience, à l’heure du catastrophisme sur le devenir monde.

Artistes, chercheurs, défricheurs de mondes, notre rôle d’insémination et de dissémination consiste à donner chacun dans notre registre, de l’avenir à l’Histoire. L’Histoire de l’Afrique n’est pas terminée, bien au contraire, sa marche continue. Des signaux positifs du rééquilibrage de relation de l’Afrique au monde, nous viennent de la diplomatie et de la finance internationale, après la décision des pays du G20 d’accèder à la requête africaine sur un moratoire de la dette. Mais nous devons faire montre à cet égard d’une sage vigilance.

Me revient, petit bonheur ricœurien de la reconnaissance, le souvenir d’avoir assisté en même temps qu’Emmanuel Macron, à une causerie animée par Michel Rocard à la Revue Esprit, au moment de la parution de son opuscule : Pour une autre Afrique. C’était après l’âge d’or de la discipline budgétaire et de l’outil de domination que constituaient les plans d’ajustement structurels concoctés dans l’esprit de Bretton Woods, pour la périphérie du monde.

L’ex-Premier ministre français soucieux de « la misère du monde », invitait l’auditoire dont j’étais l’unique africain, à changer de philosophie face à l’endettement. Il fixait à la manière d’une boussole, le risque de discrédit sur les marchés de prêt pour débiteurs insolvables. De notre côté, fort de ce judicieux conseil, nous devons relever dans l’unité, l’humilité, l’écoute participative sans « complexe d’Atlas », le défi du réveil africain au quart temps du vingt-et-unième siècle.

Source: L’Opinion.fr