POLITIQUE

C.I/ Procès de Lida Kouassi : Les grandes révélations de l’ancien ministre et d’un Sous-préfet militaire

Le ministre Lida Kouassi lors de son extradition en juin 2012

Pour le procès dont il est le principal accusé, le ministre Lida Kouassi Moise était devant le juge de la cour d’assise du d’Abidjan- plateau l’après midi du mardi 16 janvier 2018 pour dire sa part de vérité dans cette affaire qualifiée de complot contre l’autorité.

Monsieur le juge président, lorsque j’ai appris que j’ai été cité dans cette affaire je suis tombé des nus” a d’entrée fait savoir l’ancien ministre avant de dire sa part de vérité. “J’ai deux ou trois observations à faire sur ma personne: ma qualification. Je suis enseignant chercheur, vice président du FPI et ancien ministre d’Etat. J’ai un doctorat en science politique avec spécialité défense et stratégie. Mes adversaires politiques pensent que cette spécialité fait peur. Ils ont tendance à croire que je suis devenu un expert en coup d’Etat. Je vous invite à dissiper dans la tête de mes adversaires que je ne suis pas un expert en coup d’Etat” a-t-il confié à la cour avec une aisance remarquable avant de faire cette déduction : ‘’ On me considère comme un animal dangereux qu’il faut mettre en cage pour dormir tranquille ‘’ .

‘’ Au FPI le président Gbagbo nous a enseigné la prise de pouvoir pour la voie démocratique ‘’ poursuivra le ministre, expliquant un peu plus loin les raisons de son départ en exil au Togo en transitant par le Ghana où il a passé quelques semaines. ” Le 11 avril 2011, j’ai échappé à deux reprises à un assassinat. J’ai décidé d’aller en exil pour échapper au danger ‘’ dira-t-il .  ” Au Togo j’ai été arrêté. On m’a conduit à l’aéroport pour me livrer aux autorités ivoiriennes. J’ai été battu par Hamed Bakayoko et ses hommes devant les policiers togolais avant de m’embarquer dans l’avion (…) J’ai été détenu pendant 15 jours au secret à la DST, dans des conditions exécrables puis intérrogé pendant 11 jours. Mon extradition n’a respecté aucune règle. Ce traitement cruel a porté atteinte à ma dignité. Je ne suis pas un assassin. Je n’ai jamais attaqué de poste frontaliers, ni de brigades. Ceux qui le font sont bien connus (…) J’ai été conduit à la prison de Bouna , à la Maca , à Bouaké et à la Mama” a révélé Lida Kouassi qui a réfuté toutes les accusations contre sa personne. ” Le délit de complot contre l’autorité de l’Etat est purement politique donc je suis devant vous en tant que prisonniers politique” a-t-il qualifié son interpellation espérant que ” ce procès public sera honnête juste et équitable

En ce qui concerne les faits de complot contre l’autorité de l’Etat, je n’ai jamais été associé à un quelconque complot (…) J’aimerais tirer votre attention sur ce qui se passe à la DST ils trafiquent les dires et les documents et cela n’honore pas notre pays (…) La DST a été démolie pour effacer les traces des traitements inhumains que nous avons subit la-bas. On m’a fait signer des documents que j’ai lu en diagonale sous pression” a-t-il dit de sa détention. Non sans avoir évoqué ses rapports avec les militaires de l’affaire. Et ce, en ces mots : “Le Colonel Katé m’a sollicité pour que je l’aide financièrement, je lui aie dit que je n’ai pas de moyen (…) C’est Abehi que je connais mieux pour avoir été mon aide de camp lorsque j’étais ministre de la défense, c’est mon ‘’ petit oncle (…) Je n’avais aucune information concernant cette déclaration video dont on parle par ce que j’étais basé à Lomé” précisera le ministre au juge président Aboubacari Coulibaly

Le Colonel Gnatoa Katé Paulin ancien Sous-préfet militaire de Duekoué a été le premier accusé appelé à la barre. Il a entièrement innocenté le ministre Lida Kouassi Moise , avant de plaider non coupable pour les faits qui lui sont reprochés .  “Le ministre Lida n’a rien à voir dans cette affaire de vidéo. Le seul lien est que je suis allé le voir pour lui demander de l’argent et de soutenir ma candidature pour le poste de président de la coordination” a-t-il déclaré, après avoir soutenu ne pas se reconnaître dans les faits de complot contre l’autorité de l’Etat. ” Il était impossible de faire un coup d’Etat contre la Côte d’ivoire à partir du Ghana” a-t-il fait remarquer.

Plus loin, il raconte comment le complot a été monté de toutes pièces. Il dira à propos au jury que c’est en étant à Accra qu’il a été contacté par le pasteur Koré Moise qui lui a parlé d’un projet consistant à faire une déclaration vidéo et qu’en retour, les acteurs se partageront la somme de 2 milliards FCFA.  “Les auteurs de ce projet dira-t-il seraient 3 éléments de la DST (Direction de surveillance du territoire ivoirien) DST qui auraient contacté un ami du pasteur Koré, un Ghanéen appelé Chairman” . “Le coup total de ce projet, selon ses dires, serait de 3,5 milliards Fcfa et serait entièrement financé par l’Etat ivoirien. Ce projet consisterait à faire une déclaration vidéo annonçant une prise de pouvoir, et que la cassette sera mise sur une clé et vendue aux autorités ivoiriennes à 3.5 milliards Fcfa (…) C’était une forme de dissuasion et donc j’ai donné mon accord (…) Le Ghanéen est arrivé fin février en côte d’ivoire en vue de vendre l’enregistrement. Il l’a remis aux autorités ivoiriennes par le canal des trois éléments des renseignements généraux (…) Un agent des renseignements généraux ivoirien était présent dans la salle lors de l’enregistrement vidéo” a longuement expliqué celui qui dit avoir lu cette déclaration. “La somme de 3.5 milliards, c’est ce que l’Etat de Côte d’Ivoire a promit en retour pour une déclaration de prise pouvoir et 02 milliards Fcfa reviendrait aux acteurs (…) J’ai trouvé cela suspect mais puisque je suis me suis déjà engagé, il fallait assumer” a-t-il ajouté.

A la fin,il dira qu’après que les autorités aient reçu la vidéo, sa famille était menacée. D’où sa décision le 07 mars 2011 de quitter le Ghana pour rentrer aux pays afin de se rendre aux autorités. Il a dit qu’il est passé par voie maritime pour arriver à Bassam où il a été arrêté dans un hôtel attaqué par les FRCI, précisant qu’il n’a pu percevoir le somme qu’on lui a promit. Le verdict du procès sera connu le jeudi 18 janvier prochain .

Albert Zatté