L’Espagne prévoit une immigration à la carte pour pallier le manque de main-d’œuvre

Tourisme, chantiers, restauration… au sortir de la pandémie, l'Espagne fait face à une pénurie de personnel. Pour contrer cette hémorragie, Madrid a décidé d'assouplir la loi sur l'immigration afin de recruter des travailleurs sans-papiers et des étudiants étrangers.

Des champs d’Estrémadure aux chantiers de Madrid en passant par les stations balnéaires de la Costa Brava ou des Baléares, la même plainte se fait entendre. La difficulté pour trouver du personnel compétent et disponible pour travailler sur le long terme. C’est le grand paradoxe auquel doit faire face l’Espagne, dont le chômage grimpe à 13,7 %, soit un des taux les plus élevés de l’Union européenne. Depuis la pandémie de Covid, le manque de main-d’œuvre s’est accru dans plusieurs secteurs, mettant en péril l’activité économique. Selon le patronat, quelque 109 000 postes sont à pourvoir dans tout le pays. Et à l’heure actuelle, seraient même menacés de ne pas voir le jour certains projets de plusieurs milliards d’euros financés par l’Union européenne pour relancer l’économie espagnole après la pandémie.

Pour faire face à cette pénurie de personnel, le Ministre de la Sécurité Sociale et de l’Immigration, José Luis Escriva, envisage d’assouplir la loi sur l’immigration afin de recruter des travailleurs étrangers sans papiers. À la différence du gouvernement socialiste de José Luis Zapatero, l’actuel exécutif de gauche n’envisage pas une régularisation massive comme ce fut le cas en 2008. La régularisation se fera à la carte. Seuls les immigrés qui se forment dans des secteurs où il manque du personnel obtiendront le sésame des papiers : hôtellerie, restauration, construction, transport ou agriculture.

Il est question également de transformer pour ceux qui le souhaitent les permis de séjour des étudiants étrangers en permis de travail d’une durée déterminée. L’expérience a déjà été réalisée avec 15 000 jeunes d’origine étrangère, dont la plupart étaient entrés sur le sol espagnol de façon illégale, avant d’obtenir au début de l’année un visa de travail. Près de 60 % d’entre eux ont d’ailleurs été embauchés pour des jobs d’été notamment dans la restauration. Dans certaines régions comme les Baléares ou la Catalogne, des restaurants doivent tourner au ralenti, réduisant les heures de service, faute de serveurs ou cuisiniers.

UNE MAIN-D’ŒUVRE AU COÛT FAIBLE

Dans sa quête de personnel, le gouvernement envisage aussi d’augmenter les contrats dans les pays d’origine sur le modèle de celui appliqué pour la récolte des fraises en Andalousie. Chaque année, 50 000 personnes, en majorité des femmes mères de famille, font le voyage pour une durée limitée de six mois dans la région de Huelva. La plupart (20 000) viennent du Maroc, mais aussi de Roumanie, de Bulgarie et même d’Équateur. Leur rémunération est établie à 47 euros par jour pour six heures de travail, six jours par semaine. Au terme de la saison, elles sont ramenées chez elles par bus ou par ferry au frais des exploitants agricoles.

Mais pour Pedro Barato, président de la Confédération des agriculteurs Asaja, cette formule ne comble pas le déficit chronique de travailleurs : « Nous allons perdre les récoltes si on ne trouve pas de main-d’œuvre toute l’année. Faute de nationaux, il faut pouvoir embaucher légalement les immigrés qui sont déjà ici, ou alors recourir à ceux dans leurs pays d’origine même si cela coûte plus cher. Mais l’État doit nous aider. ».

LES SYNDICATS OPPOSÉS

Même cri de désespoir dans la construction, un des moteurs de l’économie espagnole. « De nombreux chantiers sont à l’arrêt faute de travailleurs. Il manque des apprentis mais aussi des maîtres d’œuvre. Et le problème ne vient pas du salaire, car on paye 30 % de plus » assure Pedro Fernández-Alén, président des entrepreneurs du bâtiment.

Les principaux syndicats espagnols s’opposent à la proposition du gouvernement, qu’ils qualifient « d’élitiste ». Selon eux, la priorité doit passer par l’amélioration des salaires et des conditions de travail : « Que l’on soit espagnol ou d’origine étrangère, cela n’est pas normal de travailler pour 6 euros de l’heure comme serveur ou 5 euros dans les champs de tomates », explique Pedro Berrocoso, affilié au syndicat UGT.

Pour le professeur en Droit du Travail à l’Université de Séville, Jesus Cruz, un autre facteur entre en jeu pour expliquer cette pénurie de personnel. La faible mobilité des Espagnols qui est directement liée à la cherté des loyers dans les régions où le tourisme est le moteur économique comme dans les îles des Baléares ou sur le littoral méditerranéen : « Le problème dans les zones touristiques n’est pas la rémunération, qui est en général bien au-dessus du salaire moyen de 1 400 euros, mais ce sont les frais pour se loger qui explosent à cause des locations touristiques dont les loyers sont extrêmement élevés. Résultat : ce n’est pas rentable pour les saisonniers de se déplacer s’ils veulent se loger dans des conditions dignes. Ce qui n’est souvent pas le cas pour les immigrés, notamment sans papiers, qui sont plus disposés à se loger dans des conditions très précaires en échange d’avoir du travail. »

Source : Marianne.net

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