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Coronavirus en Arabie: alerte à la cour des Saoud largement infectée par le virus

Âgé de 84 ans, le roi Salmane s’est lui-même mis au vert dans un palais sur une île de la mer Rouge, en face du port de Djedda, selon le New York Times. POOL New/REUTERS

RÉCIT – Certains princes saoudiens auraient contracté le Covid-19 après avoir voyagé, en Europe notamment, selon des sources médicales.

Le Covid-19 est chez les al-Saoud, la famille royale d’Arabie. Quelque 150 princes ont été infectés par le virus, a révélé le New York Times, qui cite des sources médicales. Parmi eux, le gouverneur de Riyad, la capitale, neveu du roi Salman, le prince Faysal Ben Bandar Ben Abdelaziz, âgé d’au moins 70 ans, a été placé en soins intensifs.

«Je connais personnellement une princesse qui est à l’hôpital, confie un homme d’affaires dans le Golfe qui se rend régulièrement en Arabie, et je sais que d’autres princes sont malades, je reçois beaucoup d’appels téléphoniques pour me prévenir que l’épidémie se répand.»

Contactée par Le Figaro, une source ayant ses accès au palais royal va même plus loin que le New York Times: «Le virus touche plus de 150 princes, y compris des princes de très haut rang. L’entourage du roi Salman et du prince héritier Mohammed Ben Salman commence à paniquer. C’est la raison pour laquelle ils ont pris des décisions radicales.»

Gratuité des soins

Un couvre-feu total – c’est-à-dire 24 heures sur 24 – a été imposé lundi dans toutes les grandes villes du royaume, où les transports aériens sont interdits de même que les déplacements routiers entre provinces. «C’est du jamais-vu, commente depuis Riyad un expatrié, même pendant la guerre du Golfe en 1991, un tel couvre-feu n’était pas en vigueur.» Seules les sorties dans son quartier de résidence sont tolérées sur autorisation spéciale, pour aller faire des courses par exemple.

C’est que la situation est pire que ce qui nous est annoncé chaque jour

Un Saoudien

Gardienne des lieux saints musulmans de La Mecque et Médine, l’Arabie saoudite envisage même d’annuler le Hadj, le pèlerinage vers ces deux villes, l’un des cinq piliers de l’islam, prévu fin juillet début août. Ce serait une première depuis l’invasion de l’Égypte par Napoléon en 1798. Avec les révélations du New York Times, de nombreux Saoudiens et expatriés commencent à comprendre pourquoi un tel tour de vis a été décidé. «C’est que la situation est pire que ce qui nous est annoncé chaque jour», répond un Saoudien, qui requiert l’anonymat.

Officiellement, selon le ministère de la Santé, le royaume ne compte que 3287 personnes infectées et une cinquantaine de décès. Mais quarante jours après l’apparition du premier cas, alors que dans les pays du Golfe le pic de l’épidémie est annoncé dans une semaine environ, les autorités sanitaires saoudiennes estiment que le virus pourrait toucher jusqu’à 200.000 personnes.

Pour éviter que des milliers de pauvres ne se retrouvent malades, errant dans les rues du pays, le roi Salman a pris par décret une mesure exceptionnelle

Un plancher, préviennent d’autres sources médicales, qui rappellent que le pays compte 33 millions d’habitants, dont sept millions d’expatriés, parmi lesquels au moins deux millions d’étrangers en situation irrégulière, des Africains pour la plupart, chez qui la pandémie pourrait se propager rapidement. Et pour éviter que des milliers de pauvres ne se retrouvent malades, errant dans les rues du pays, le roi Salman a pris par décret une mesure exceptionnelle: il a offert à tous la gratuité des soins dans les hôpitaux du royaume, y compris aux étrangers en situation irrégulière.

Âgé de 84 ans, le roi s’est lui-même mis au vert dans un palais sur une île de la mer Rouge, en face du port de Djedda, selon le New York Times, qui croit savoir que son fils, le bouillonnant prince héritier surnommé MBS, s’est retiré avec de nombreux ministres dans un lieu reculé sur la côte de la mer Rouge. Que le virus ait touché des princes ne constitue pas une surprise quand on connaît les us et les coutumes de la Maison al-Saoud.

La culture du «majlis»

D’abord, les 5000 à 10.000 princes voyagent beaucoup, en Europe notamment, où certains auraient contracté le virus, selon des sources médicales, citées par le New York Times. D’autre part, ajoute un homme d’affaires qui voyage entre Paris et Riyad, «il y a la culture du majlis, ces rassemblements de plusieurs dizaines de personnes où l’on discute de tout et de rien autour d’un thé. Et puis chacun des grands princes a une cour dans son palais, une cour d’autant plus pléthorique qu’il est de haut rang, avec parfois des centaines d’employés souvent asiatiques qui nourrissent et vêtissent les princes. Le confinement depuis un mois dans chacun de ses palais, je n’y crois guère». Selon le New York Times, les hôpitaux, appelés à accueillir les VIP du royaume, ont été invités à préparer 500 lits.

Au-delà de la famille régnante, l’épidémie porte un coup dur aux centaines de milliers d’expatriés. «En un mois j’en connais une quinzaine qui ont perdu leur travail à Riyad ou à al-Khobar, après la fermeture de leurs sociétés, souligne un banquier, les patrons leur disent d’aller voir l’État!» Ce qui a contraint le pouvoir saoudien de débourser d’ores et déjà 40 milliards d’euros pour répondre à une crise qui aura de lourdes conséquences. «Le chômage va exploser, avertit le banquier. Les plans mirifiques de MBS dans le cadre de sa “Vision 2030” risquent de s’effondrer. Pour que l’Arabie ait décidé unilatéralement un cessez-le-feu au Yémen à partir de ce jeudi, ajoute le banquier, c’est que le problème est grave.»

Source: Le Figaro.fr

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