SOCIÉTÉ

L’Amicale des Pasteurs Ivoiriens de France (APIF) écrit au président de la république de Côte d’Ivoire

A : Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire,

Excellence Monsieur le Président de la République,

A l’approche des élections présidentielles prévue pour se tenir le 31 octobre 2020, nous, Amicale des Pasteurs Ivoiriens de France (APIF), sentons déjà une vive tension généralisée dans notre pays. En conséquence, nous redoutons l’avènement d’une autre crise post-électorale qui aurait des conséquences dramatiques pour notre pays.

Excellence Monsieur le Président, l’une des raisons de cette montée de tension et de rivalité est l’annonce, le 6 août dernier, de votre candidature à cette élection pour un troisième mandat.

Excellence Monsieur le Président, en homme d’état responsable, en mars dernier, vous aviez pris la décision de ne pas vous présenter à cette élection et nous avions apprécié et salué cette annonce.

Sachant qu’il n’y a pas de sacrifice trop grand pour la paix, nous venons, humblement, malgré votre récente investiture, vous demander de revenir à votre décision de mars dernier en renonçant à cette troisième candidature. Le peuple vous en serait énormément reconnaissant.

Par ailleurs, nous souhaitons que ne soient plus avancées des raisons suivantes telles que « le conflit entre musulmans et chrétiens » pour justifier certaines décisions et actions politiques, car il n’y en avait jamais eu dans le passé jusqu’aux évènements post-électoraux de 2010. Nous avons toujours eu en Côte d’Ivoire, entre communautés religieuses, des relations paisibles, franches et fraternelles. Nous croyons tous à un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre. Nous avons toujours été ensemble pour la paix en Côte d’Ivoire et nous souffrons tous d’entendre le contraire de cette réalité avancée ici et là comme argument pour des ambitions politiques.

Il n’y a non plus jamais eu de problème entre le Nord et le Sud de la Côte d’Ivoire, ni entre Ivoiriens et leurs frères de la CEDEAO. En effet, grâce à la politique de brassage ethnique initiée dès l’indépendance de notre pays et qui fonde le ‘vivre ensemble’ ivoirien, nous vous informons que, aussi bien dans nos mosquées que dans nos églises, nous comptons des fidèles de toutes origines.

Nous comprenons qu’apparaissent de façon épisodique, des problèmes de cohabitation entre des personnes et des peuples de notre pays que créent souvent les faiblesses humaines comme l’ignorance, les complexes d’infériorité ou de supériorité etc… , car nous savons qu’entre certains peuples ivoiriens, existent des alliances dont la mauvaise interprétation peut être parfois source de conflits. Nous pouvons citer à titre d’exemples, les alliances entre Attiés et Didas, entre Dan (Yacouba) et Senoufo etc… Ces alliances sont plutôt source de renforcement des relations de fraternité et d’amitié, parfois même de plaisanteries mais n’ont jamais justifié une guerre.

En cette période d’agitation généralisée, il nous parait fort opportun, Excellence Monsieur le Président, que vous posiez un acte de réconciliation nationale, historique et fort :

  • En facilitant le retour en Côte d’Ivoire des personnalités ivoiriennes telles que l’ancien président Laurent Gbagbo, l’ancien premier ministre Guillaume Kigbafori Soro et l’ancien ministre Charles Blé Goudé contraints actuellement de vivre hors de leur pays.
  • En permettant leur inscription sur la liste électorale
  • En acceptant le report de l’élection présidentielle afin de redéfinir un modèle de CEI acceptée par l’ensemble des partis politiques.
  • En libérant tous les prisonniers politiques et
  • En permettant à tous les exilés politiques de regagner le pays.

Excellence Monsieur. Le Président de la République, nous croyons qu’un décret ou une loi d’amnistie concernant toutes les personnes mentionnées plus haut serait le couronnement de vos efforts de réconciliation nationale et serait hautement apprécié.

Par ailleurs, Excellence Monsieur le Président, il serait bien avisé que vous lanciez un appel pressant au peuple pour le désarmement des coeurs et des mains en donnant l’exemple vous-même, par une renonciation à votre candidature d’Octobre 2020 pour un troisième mandat. Le faisant, vous éviteriez ainsi de prendre le risque d’être la cause majeure d’une seconde crise pré et post-électorale.

Nous prions que l’Eternel Dieu, source infinie de sagesse, vous inspire la meilleure décision à prendre pour le salut de notre nation.

Veuillez recevoir et agréer, Excellence Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire, nos sentiments sincères de paix.

Que Dieu veille sur la Côte d’Ivoire dans le nom de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Fait à Paris le 12 Septembre 2020
Signé
L’Amicale des Pasteurs Ivoiriens de France (APIF) Le Président, Rév. E. Guéhi

Ampliations

– Monsieur le Président de la Commission Electorale Indépendante (CEI) ;
– Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel ;
– Hommes et femmes politiques de la majorité présidentielle ;
– Hommes et femmes politiques de l’opposition ;
– La société civile de Côte d’Ivoire ;
– M. Le Président de l’Union Européenne ;
– M. Le Secrétaire Général de l’Elysée ;
– M. Le président de la commission de l’Union Africaine ;
– M. Le Président en exercice de la CDEAO ;
– Mme : La Haute Commissaire des droits de l’homme des Nations Unies.