POLITIQUE

Côte d’Ivoire : le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly est décédé

Hospitalisé deux mois en France pour des problèmes cardiaques, le Premier ministre et dauphin du président Ouattara s’est éteint ce mercredi 8 juillet à Abidjan.

La nouvelle a fait le tour d’Abidjan tout l’après-midi, mais c’est en début de soirée ce mercredi 8 juillet que la présidence a choisi de confirmer le décès du Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, à l’âge de 61 ans, dans la capitale ivoirienne. « J’ai la profonde douleur de vous annoncer que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, chef du gouvernement, nous a quittés en ce début d’après-midi après avoir pris part au conseil des ministres », a déclaré Patrick Achi, le secrétaire général de la présidence ivoirienne, lisant un communiqué du président Alassane Ouattara, sur l’antenne de la RTI.

La nation ivoirienne en deuil

Greffé du cœur en 2012, Amadou Gon Coulibaly avait été accueilli en grande pompe à Abidjan à son retour de France jeudi dernier après deux mois d’hospitalisation pour des problèmes cardiaques. Officiellement, le Premier ministre était parti le 2 mai pour un « contrôle » à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, malgré la fermeture des frontières en raison de la pandémie de coronavirus. Il avait finalement dû se faire poser un stent, mais assuré être « de retour en forme » alors que son absence prolongée avait mis le feu aux réseaux sociaux.

D’après les premières informations, il aurait fait un malaise lors d’une réunion du conseil des ministres, le premier auquel il participait depuis son retour en Côte d’Ivoire. Il est décédé après avoir été évacué vers la polyclinique internationale Sainte-Anne-Marie (PISAM), dans la commune de Cocody, à Abidjan.

« Je rends hommage à mon jeune frère, mon fils Amadou Gon Coulibaly, qui a été pendant trente ans mon plus proche collaborateur. Je salue la mémoire d’un homme d’État, de grande loyauté, de dévouement et d’amour pour la patrie », a déclaré le président dans son communiqué.

« Il a incarné cette jeune génération de cadres ivoriens de grande compétence et d’extrême loyauté à la nation. Avec la disparition d’Amadou Gon Coulibaly, la Côte d’Ivoire perd un modèle pour la jeunesse, un exemple de compétence, d’ardeur au travail et d’abnégation », a conclu le président.

Outre le fait d’avoir été le Premier ministre de la Côte d’Ivoire depuis 2017, ce fidèle du président ivoirien avait été désigné pour être le candidat du parti au pouvoir RHDP à la présidentielle du 31 octobre prochain. « Je suis de retour pour prendre ma place aux côtés du président (Alassane Ouattara) pour continuer l’œuvre de développement et de construction de notre pays la Côte d’Ivoire », avait-il dit à son retour la semaine dernière, très souriant.

De part et d’autre de la classe politique ivoirienne, les réactions se sont multipliées. L’ex-président Henri-Konan Bédié a été l’un des premiers a réagir dans un communiqué officiel publié dans la nuit de mercredi. Dans ce texte il s’adresse aux Ivoiriens en saluant la mémoire d’un « grand serviteur de l’état, il reste un exemple de loyauté et de fidélité dans le respect de ses convictions politiques », est-il écrit. « En ces douloureux moments, je voudrais en mon nom personnel, celui de ma famille et de mon parti, le PDCI-RDA, adresser mes sincères condoléances et ma compassion à son épouse, à ses enfants, et à sa famille », poursuit-il, avant d’adresser quelques mots en direction du chef de l’État. « Je voudrais, également, de façon particulière adresser mes sincères condoléances au président Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire, qui perd un fidèle et loyal collaborateur. »

Le président du Front populaire ivoirien, de l’opposition, Affi N’guessan a aussi réagi : « J’apprends avec effroi le décès, ce jour, du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. En cette douloureuse circonstance, en attendant le communiqué officiel du parti, j’adresse mes condoléances les plus sincères à sa famille, au chef de l’État, au RHDP, à la communauté musulmane, à toute la classe politique ivoirienne et à la Côte d’Ivoire. »

« La politique n’est pas au-dessus de la vie. Il y a une vie après la politique, par contre il n’y a pas de politique sans la vie », a réagi l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny (2005-2007), qui a été un des premiers à faire part de ses « profonds regrets ».

Assurant avoir été à l’origine de la première rencontre entre AGC et Alassane Ouattara en 1990, il a rappelé qu’à l’époque « c’était un jeune plein d’avenir qui était au fait des grands dossiers ».

Quelques jours après avoir annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, Alassane Ouattara avait désigné en mars son « plus proche collaborateur depuis trente ans » comme son successeur et candidat du parti au pouvoir à la présidentielle.

Qui était Amadou Gon Coulibaly, le lion de Korhogo ?

« AGC », comme le surnomment les Ivoiriens, a accompli toute sa carrière dans l’ombre du président Ouattara, dont il était l’un des très proches et dont il avait l’entière confiance. Né le 10 février 1959, il était marié et père de cinq enfants. « Cela fait trente ans que j’apprends aux côtés du président », expliquait-il volontiers pour justifier de sa légitimité, mais sans mesurer peut-être que la formule pouvait aussi le désigner comme un éternel lieutenant et le desservir.

Après des études en France (diplôme de l’École des travaux publics), il avait commencé sa carrière politique comme conseiller technique de M. Ouattara, alors Premier ministre, de 1990 à 1993.

Il a participé aux côtés d’Alassane Ouattara à la création du Rassemblement des républicains (RDR), dissidence de l’ex-parti unique du président Félix Houphouët-Boigny, en 1994.

Il était devenu ensuite haut fonctionnaire, puis député (1995-1999), avant d’entrer au gouvernement de réconciliation nationale, lors de la crise ivoirienne des années 2000, comme ministre de l’Agriculture (2003-2005, puis 2006-2010).

Son ascension au premier plan politique a coïncidé avec la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011 : Gon Coulibaly devient secrétaire général de la présidence, un poste stratégique.

En 2017, enfin, il est nommé chef du gouvernement et s’impose comme le dauphin du président. Réputé gros travailleur, il maîtrise bien les circuits financiers internationaux, comme son mentor. Il a d’ailleurs la charge du ministère du Budget, en plus de la primature, et met l’accent sur la bonne gestion macroéconomique, au détriment de l’action sociale, selon l’opposition.

Lorsqu’Alassane Ouattara transforme, en 2018, le RDR en « parti unifié », le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), « AGC » en devient le président du directoire, encore un signe de son importance politique.

Surnommé « le lion », pour son tempérament fougueux et réputé pour ne pas reculer devant l’adversité, ce Senoufo (ethnie majoritaire du Nord ivoirien) était issu d’une grande famille de la ville de Korhogo, et était à ce titre très influent chez les chefs traditionnels.

Il a été maire de Korhogo, la quatrième ville du pays, de 2001 à 2018 et député de la circonscription (2011-2018).

Malgré ce brillant CV, Amadou Gon Coulibaly souffrait d’un manque de charisme auprès de la population ivoirienne, de l’avis des observateurs. Sa désignation comme candidat à la présidentielle avait fait grincer des dents plusieurs hiérarques du RHDP.

Malgré son image de technocrate, il savait cependant jouer les bêtes de scène lors des meetings avec des formules comme « 2020, c’est bouclé et géré ! » ou « Tchoko-tchoko on va gagner ! ».

Passé le choc du décès, la question va inévitablement se poser : qui va représenter le parti d’Alassane Ouattara à la présidentielle ?

Source : Le Point.fr