AFRIQUE & MONDE

Sibeth Ndiaye, de l’ombre à la lumière

CES POLITIQUES QUE 2019 A RÉVÉLÉS – L’ex-conseillère en communication d’Emmanuel Macron a été nommée porte-parole du gouvernement.

Il est 20 heures passées quand le communiqué de l’Élysée finit par tomber. En ce 31 mars 2019, Sibeth Ndiaye est nommée porte-parole du gouvernement. Comme un clin d’œil de l’histoire, c’est auprès de Nicolas Sarkozy que l’ancienne socialiste – tendance aile gauche – a vécu sa dernière journée de «conseillère presse et communication» du président. Vêtue de son épaisse doudoune rouge, elle a accompagné Emmanuel Macron et son lointain prédécesseur sur le plateau des Glières (Haute-Savoie). Les deux hommes s’étaient rendus ensemble dans ce haut lieu de la Résistance à l’occupation allemande pour y célébrer le 75e anniversaire des combats dans lesquels une centaine de maquisards furent tués.

Bien qu’elle soit déjà au courant de la promotion qu’elle s’apprête à recevoir, Sibeth Ndiaye ne laisse rien transparaître. Comme à chaque fois qu’une cérémonie s’étend en longueur, elle n’hésite d’ailleurs pas à s’asseoir par terre et à pianoter sur son iPhone pour patienter. Une attitude assez peu habituelle venant d’un ministre ou d’un ministrable. Peut-être est-ce d’ailleurs ce profil atypique qui a poussé le président de la République à la choisir pour occuper le porte-parolat du gouvernement, laissé vacant par le candidat LREM à Paris Benjamin Griveaux.

«Il y a, dans ma nomination, une valeur de symbole qui correspond assez bien au macronisme», décrypte-t-elle aujourd’hui. Selon elle, Emmanuel Macron s’est non seulement montré «disruptif» avec ce choix, mais il a surtout propulsé une «femme noire» à un poste à responsabilités. «Pour moi, ça n’est pas de la discrimination positive», précise-t-elle toutefois, convaincue que ce sont ses «compétences» et son «profil politique» qui l’ont menée à ce poste. «Pour nombre de nos concitoyens, avoir un nom à consonance étrangère ou venir de tel milieu social peut être un handicap dans un parcours professionnel. Avec Emmanuel Macron, l’émancipation des individus irrigue toutes les politiques du quinquennat», se félicite-t-elle.

Liberté de parole

Proche du président depuis plusieurs années – elle faisait déjà partie de son cabinet lorsqu’il était ministre de l’Économie -, Sibeth Ndiaye assure que leur relation n’a pas changé depuis son entrée au gouvernement. Tout juste leurs échanges sont-ils un peu moins fréquents. Et pour cause, désormais, c’est à Édouard Philippe qu’elle doit rendre des comptes, puisque son secrétariat d’État est directement rattaché à Matignon.

Malgré son passage de l’ombre de l’Élysée à la lumière du gouvernement, l’intéressée a gardé la liberté de parole qui la caractérise. Au risque d’agacer… Et de multiplier les erreurs de communication. Ce fut notamment le cas lorsqu’elle a cru bon d’assurer, en pleine polémique sur les dîners de François de Rugy, que les Français mangeaient «bien souvent plutôt des kebabs que des homards». Idem quand, interrogée sur la grève de la RATP, elle a donné le sentiment de s’en laver les mains, car elle «utilise (sa) voiture de fonction, comme tous les jours». «Quand on est ministre, on assume tous ses propos», assure-t-elle aujourd’hui. Ce qui ne l’empêche pas de regretter des erreurs. «Quand on tient des propos qui sont mal interprétés, il ne suffit pas de dire “vous avez mal compris”. Il faut se remettre en question», lâche-t-elle.

«Je déteste être prise en défaut ou me tromper», s’agace cette «machine de travail», comme le dit son amie et conseillère spéciale Marianne Zalc-Muller, qui l’a fait venir à Bercy en 2014. «Je n’ai pas la prétention de tout savoir. À l’Élysée comme au gouvernement, je me suis toujours astreinte à travailler en profondeur les dossiers. J’ai un peu l’impression de repasser inlassablement les oraux du bac!», reconnaît l’intéressée avec humour. Il faut dire qu’il lui arrive encore de passer par des rattrapages. Exemple le 12 décembre dernier, sur France Inter, où elle s’est trompée sur la durée du malus qui serait infligé à ceux qui partiraient à la retraite à 62 ans, une fois la retraite adoptée et l’âge pivot mis en place. Elle affirme qu’il s’agissait d’une «erreur de concentration». Peut-être était-ce la preuve d’un besoin de vacances? Elle a en tout cas profité de la trêve pour faire de la couture avec ses filles. Et laisser de côté les avantages que lui procure son poste. Même la voiture de fonction. En pleine grève. Comme quoi…

Source: Le Figaro.fr

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